Coartem - Un point à l'été 2005 : 'Antipaludéen à base d'artémisine'
par le Pr. ÉRIC CAUMES
PU-PH, serv. mal. inf. et trop., groupe hosp. Pitié-Salpêtrière, Paris
Il existe de nombreuses associations à base d’artémisine, ou quinghaosu, principe actif d’une plante, Artemisia annua, utilisée en médecine traditionnelle chinoise depuis plus de deux cents ans. Les deux principaux dérivés de l’artémisine utilisés sont l’artéméther et l’artésunate. L’utilisation des dérivés de l’artémisine en monothérapie n’est pas recommandée. En Europe, la principale association commercialisée est l’association artéméther 20 mg- luméfantrine (benflumétol) 120 mg (Riamet, Coartem). La posologie retenue par l’AMM est de 4 comprimés deux fois par jour pendant trois jours. L’association est synergique, combinant l’action rapide et puissante, mais brève, de l’artéméther et celle, plus lente mais plus durable, de la luméfantrine.
L’artéméther est rapidement absorbé (deux ou trois heures) avec une demi-vie d’élimination de sept heures. Cette demi-vie brève a pour avantage théorique de ne pas exposer à des concentrations infra-thérapeutiques (protégeant ainsi de l’émergence de résistance), mais pour inconvénient de favoriser les rechutes tardives, à vingt-huit jours. D’où l’intérêt de l’association avec un médicament d’action plus lente.
La luméfantrine est un aryl-amino-alcool, plus proche de l’halofantrine que de la méfloquine. L’absorption est lente, avec un pic plasmatique à sept heures, la demi-vie plasmatique est de deux ou trois jours. La biodisponibilité est fortement augmentée après un repas riche en graisses.
L’efficacité de cette association a été comparée avec celle d’autres traitements, chez des patients immuns ou semi-immuns dans de nombreuses régions d’endémie (Thaïlande, Vietnam, Gambie, Tanzanie) et chez des voyageurs non immuns en Europe. Elle est très efficace sur les trois critères habituellement retenus dans ces études : la clairance parasitaire à J2-J3 (100 %), le taux de guérisons à J28 (supérieur à 95 % dans les études avec les bonnes doses) et la disparition de la fièvre (vingt-quatre à trente-deux heures).
La tolérance apparaît satisfaisante. Les principaux effets indésirables rapportés sont digestifs (nausées, vomissements) et neurologiques (céphalées, vertiges, troubles de la marche, tremblements…), l’imputabilité médicamenteuse est discutable, car il s’agit de signes possibles au cours du paludisme. Il existe une controverse à propos des effets indésirables cardiaques potentiels (troubles de la conduction cardiaque). Le risque a été soulevé du fait de l’analogie structurale de la luméfantrine avec l’halofantrine. Il n’a pas été confirmé dans les rares études documentant ce risque. La possibilité de complications cardiaques n’ayant pas été complètement écartée, la commercialisation de cette association est suspendue en France, bien qu’elle ait obtenu une autorisation de mise sur le marché. Les interactions médicamenteuses potentielles et les contre-indications cardiaques sont à préciser. Des études sont actuellement en cours pour évaluer définitivement ces risques.