La protection personnelle des voyageursPierre F. Guillet, OMS, Lutte, Prévention et Eradication - Maladies Parasitaires et Lutte AntivectorielleExtraits de cet article
La gravité de certaines maladies transmises par les moustiques,
l’absence de vaccin (paludisme, dengue, filarioses) ainsi que la résistance
croissante des parasites aux médicaments renforcent la nécessité d’une
prévention systématique et efficace contre les piqûres de moustiques.
Globalement, les répulsifs ont une bonne efficacité mais ils sont encore sous utilisés. Il constituent
pourtant la méthode de protection la plus efficace en dehors des périodes de
sommeil. […] En revanche, cette protection ne doit pas être utilisée pendant le
sommeil ni de façon intense et continue.
D’une manière générale,
la pulvérisation de répulsifs sur les vêtements est tout aussi efficace
et surtout plus durable que sur la peau. Elle s’impose systématiquement pour la
protection des parties du corps recouvertes d’un vêtement quelconque.
Le Qwenling [Mosiguard™]
a une durée d’action sur la peau de l’ordre de 6 h qui le rapproche des
produits de synthèse.
Pour limiter les
piqûres d’insectes, on a de plus en plus recours au traitement des vêtements
avec de la perméthrine, un insecticide rémanent très peu toxique pour
l’homme.
Résumé
Il
existe désormais des outils efficaces pour se protéger contre les piqûres de
moustique. Pour les voyageurs, la prévention passe d’abord par une information
précise sur les risques encourus en matière de maladies transmises par les
moustiques. D’une manière générale, les répulsifs sont sous utilisés ou mal
utilisés. Leur sécurité d’emploi ne pose plus de problème. Leur utilisation sur
le vêtements, efficace et plus durable, limite les applications dermiques. Des
progrès rapides sont faits dans le domaine des fibres bio-actives. Ils sont mis
à profit pour la mise au point de tissus d’habillement répulsifs et de
moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action.
SummaryEfficient
tools to prevent mosquito bites are now available. The first step in the
travellers’ prevention is to provide them with precise information on mosquito
prevention, especially through general practitioners. Use of prevention tools
is more effective when people do objectively appreciate risk factors related to
tropical diseases transmitted by mosquitoes. Repellents are now safe and
effective but generally, they are not properly used. Application on cloths is
as effective and lasts longer than application on skin and it also reduces
exposure. New developments in bio-active textile fibres open opportunities for
production of repellent clothing and production of long lasting insecticide
treated nets. Effective products issued from this technology are already available.
Mots clés
Moustique,
Voyage, Prévention, Répulsif, Moustiquaire imprégnée
Mosquito, travel, Prevention, Repellent,
Treated Mosquito Net
Compte tenu de l’essor du
tourisme vers les pays tropicaux et l’accès à des zones de plus en plus reculées,
les voyageurs ont un besoin grandissant d’informations précises sur les risques encourus, notamment
en matière de santé. D’importantes maladies tropicales telles que le paludisme,
la dengue, la fièvre jaune ou certaines encéphalites sont transmises par les
moustiques. C’est pourquoi il est important de se protéger de leurs piqûres.
Des revues exhaustives ont été récemment publiées sur ce sujet (Carnevale et
Mouchet, 1997, Carnevale, 1998, Frandin, 1998, Coosemans et Guillet, 1999).
Elles contiennent une bibliographie très complète. Le présent article n’est pas
une nouvelle revue du sujet mais a pour objectif de rappeler quelques principes
importants en matière de protection contre les moustiques et de faire état des
nouveautés et des tendances dans ce domaine.
Evaluer les facteurs de risque
Les voyageurs doivent pouvoir apprécier les risques
pour mieux les gérer. Ils doivent connaître les méthodes de prévention et
savoir les utiliser à bon escient. On estime globalement que moins de 20 % des
voyageurs se protègent régulièrement et efficacement contre les piqûres de
moustiques. La majorité des voyageurs Nord Américains (90 %) connaissent les
risques liés au paludisme, mais si 70 à 80 % suivent régulièrement une
chimioprophylaxie, seulement 44 % utilisent une mesure préventive contre les
moustiques (in Carnevale, 1998). Même pour une maladie aussi médiatisée que le
paludisme, les modalités de transmission sont mal connues du grand public tout
autant que le comportement des moustiques vecteurs.
La plupart des moustiques sont nocturnes et piquent
entre le coucher et le lever du soleil, mais attention, certains piquent
également de jour. Les vecteurs de la dengue par exemple, sont essentiellement
diurnes.
En matière de paludisme, du
fait de la résistance de Plasmodium
falciparum aux antipaludiques, la chimiopropylaxie est devenue plus
difficile à ajuster et n’est pas démunie de risques ou d’effets secondaires.
Les risques pour le voyageur varient sensiblement selon les zones visitées et
selon qu’il se trouve en ville ou non. Le voyageur visitant les grandes
métropoles d’Asie du Sud Est ou les zones de plaines (Cambodge, Laos,
Thaïlande, Vietnam), n’a pratiquement aucune chance d’être infecté par P. falciparum. L’essentiel de la
transmission de ce parasite ne se fait que dans les zones de collines boisées
ou de montagnes. La multi-résistance du parasite dans l’ensemble de la région
justifiant une prophylaxie lourde (doxycycline), sa mise en œuvre ne s’impose
pas nécessairement dans les zones où la transmission est nulle ou extrêmement
faible. Dans ce cas, des mesures préventives contre les moustiques,
correctement et systématiquement appliquées peuvent assurer une protection suffisante.
En revanche, il va sans dire que le voyageur qui se rend dans les zones de
transmission ou à proximité de celles-ci, doit impérativement se protéger des
moustiques et prendre une chimioprophylaxie. Autre exemple, le voyageur qui se
rend au Maroc, bien que ce pays soit encore officiellement impaludé, n’a
virtuellement aucune chance d’être infecté et si, par extraordinaire il devait
l’être, ce serait par P. vivax,
espèce relativement bénigne qui, contrairement à P. falciparum, ne fait pas courir un risque vital.
Dans les zones de répartition
de la dengue (essentiellement en Asie du Sud Est, dans les îles de l’Océan
Indien, en Amérique Centrale, du Sud et dans les Caraïbes), le risque d’être
infecté par la dengue est relativement minime en dehors des périodes
d’épidémie. En revanche, pendant ces périodes, le risque est réel et avec lui,
celui de faire une forme hémorragique grave. Dans ce cas, la protection contre
les moustiques s’impose, de jour comme de nuit.
L’ information, première étape dans la prévention
La protection absolue
n’existant pas, le voyageur doit pouvoir apprécier les facteurs de risque,
adopter les mesures préventives ad hoc et les appliquer avec plus ou moins de
rigueur selon le niveau de risque encouru. C’est bien évidemment un exercice
difficile dans lequel il devra être aidé par son médecin traitant, les centres
de vaccination et les voyagistes. Les loisirs occupent une place grandissante
dans nos sociétés. Les individus sont de plus en plus demandeurs d’informations
et accordent une plus grande attention à la préparation de leurs voyages. Par
ailleurs, l’accès à l’information est grandement facilité par les moyens
modernes de communication, Internet en tête. Il est essentiel de
responsabiliser les voyageurs à travers une information précise et objective
car c’est de la rigueur avec laquelle ils appliqueront les mesures de
protection que dépendra le succès de la prévention.
Une documentation importante
existe sur le sujet. L’OMS publie une brochure régulièrement mise à jour (Voyages
internationaux et santé, vaccinations exigées et conseils d’hygiène, édition
2000, ISBN 94 2 258025 2). Des sociétés spécialisées telles que SMI Voyages et
Santé en France publient des fiches Info Santé sur 156 destinations qui sont
vendues à l’unité ou en set (disponibles aussi en CD-ROM pour 60 destinations,
destiné aux professionnels). Elle a également un site Internet régulièrement
mis à jour. Il existe des guides santé pour les voyageurs tels que
« Saisons et climats : le guide du voyageur 2000 (J.N. Darde, Guides
Balland) » ou même des logiciels d’informations médicales destinés aux
conseillers santé-voyage tels que Méditravel, un CD-ROM mis à jour
semestriellement (disponible auprès de SMI voyages et Santé). Les références
ci-dessus ne sont citées qu’à titre d’exemple. Il en existe d’autres bien
entendu. A travers cet accès à une masse grandissante d’informations, les
médecins traitants doivent aider leurs clients voyageurs à mieux apprécier les
risques, qu’il s’agisse de la prévention contre les piqûres de moustiques ou
d’autres mesures de protection relatives a la santé.
La protection pendant la journée et en soirée
Il existe trois méthodes
pratiques pour se protéger en extérieur contre les moustiques : les
répulsifs, les vêtements imprégnés d’insecticide ou de répulsif et les
tortillons fumigènes.
Les répulsifs. Globalement, les répulsifs ont une bonne efficacité
mais ils sont encore sous utilisés. Il constituent pourtant la méthode de
protection la plus efficace en dehors des périodes de sommeil même si, nous le
verrons, quelques précautions s’imposent du fait de la toxicité relative de
certains d’entre eux. En revanche, cette protection ne doit pas être utilisée
pendant le sommeil ni de façon intense et continue. D’une manière générale, la
pulvérisation de répulsifs sur les vêtements est tout aussi efficace et surtout
plus durable que sur la peau. Elle s’impose systématiquement pour la protection
des parties du corps recouvertes d’un vêtement quelconque. Dans ce cas, bien
entendu, il ne faut pas appliquer le répulsif directement sur la peau. Il est
important, quel que soit le produit, de respecter les instructions
d’utilisation. Inutile de surdoser les répulsifs car la durée de protection
conférée est proportionnelle au logarithme de la dose : une augmentation
massive de celle-ci ne confère qu’un allongement minime de la durée de
protection.
Les produits naturels à base
d’essences de plantes ont d’une manière générale, une efficacité inférieure à
celle des répulsifs de synthèse. Ils sont souvent utilisés en mélange,
notamment pour apporter une odeur plus agréable. On trouve sur le marché un
large éventail de préparations à base de citronnelle, d’eucalyptus (Qwenling),
géranium, menthe, basilic et autres huiles essentielles. Le Qwenling a une durée
d’action sur la peau de l’ordre de 6 h qui le rapproche des produits de
synthèse. Il existe également des produits à base d’extraits de graines de
neem, à la fois actifs et à longue durée d’action, mais ils sont encore peu
diffusés.
Les répulsifs synthétiques
sont, par ordre d’importance, le Deet (diethyltoluamide), le KBR 3023
(picaridin, BayrepelÒ), le 35/35 (ethylbutylacetylaminopropionate) et
l’EHD (ethylhexanédiol ou Rutgers 612). Quel que soit le produit utilisé, il
faut éviter les applications massives et répétitives sur de longues périodes et
ne jamais les appliquer sur les muqueuses ainsi que sur les zones sujettes à
macération. L’emploi de pulvérisateurs pour la protection du visage est à
proscrire au profit d’une application faite à la main en évitant soigneusement
les yeux et les lèvres. Pour les enfants, le produit sur le visage doit être
appliqué par un adulte. Il importe de ne pas chercher à saturer les zones à
protéger et d’en éviter l’emploi sur des peaux particulièrement fragiles ou à
problème (eczéma, blessures…). Il est conseillé d’appliquer les répulsifs dès
le coucher du soleil (et toute la journée en cas de séjour dans une zone où
survient une épidémie de dengue). Compte tenu de la rémanence moyenne des
produits, il est prudent, lorsque le voyageur prévoit de se coucher au delà de
23 h, de pratiquer une deuxième application sur la peau à nu.
Les parties du corps les plus
exposées à la piqûre des moustiques sont les pieds, les chevilles et les
coudes. Il est important de les protéger en priorité. Les moustiques piquent
également a travers les vêtements. Les répulsifs sont tous aussi efficaces et
beaucoup plus durables lorsqu’ils sont appliqués sur les vêtements, même
lorsque ceux-ci sont amples. Dans ce cas, et contrairement à la peau, une seule
application en début de soirée suffit. En fait, les répulsifs appliques sur les
tissus conservent leur efficacité pendant plusieurs jours. Cependant, comme les
voyageurs sous les tropiques changent fréquemment de vêtement, il est plus prudent
de recommander une application journalière systématique. Des bandeaux de
cheville traités avec des répulsifs ont également une bonne efficacité.
Le Deet reste le produit le
plus utilisé. On estime à 2 milliards le nombre d’applications de ce produit faites
chaque année dans le monde. Son efficacité est connue et reconnue. Comme le
Deet attaque les plastiques et un certain nombre de surfaces dont le verre
organique, il est préférable d’éviter les bombes aérosol au profit des
pulvérisateurs à main, de gel hydratant
ou de roll on pour éviter les incidents. Des doutes ont été émis quant à
l’innocuité du Deet, notamment vis à vis des enfants. Des cas d’encéphalopathie
ont été observés (14 cas répertoriés), essentiellement chez des enfants (13
cas), ayant tous moins de huit ans et tous utilisé le Deet de façon massive et
répétitive. Trois de ces cas ont été mortels dont un enfant ayant une anomalie
génétique, éventuel facteur aggravant. Depuis, l’innocuité du Deet a été
confirmée et l’agence Américaine pour la protection de l’environnement (US-EPA)
a conclu qu’il n’induisait pas de risque notoire pour la santé humaine et
l’environnement. Elle a toutefois recommandé que des instructions précises
figurent sur les étiquettes, notamment pour la protection des enfants.
L’utilisation du Deet est déconseillée chez ceux qui ont moins de 5 ans et il
est préférable d’utiliser des préparations à faible concentration (15 % et
moins) pour protéger les enfants plus âgés.
La toxicité des autres produits
n’a pas été mise en cause. Le KBR 3023 par exemple, qui est aussi efficace que
le Deet, peut être utilisé chez des enfants de 2 ans et plus. Nombreux sont les
médecins qui conseillent l’utilisation des produits autres que le Deet pour la
protection des enfants, même au delà de 5 ans. Dans ce cas, il appartient de
vérifier la durée de protection conférée car elle varie légèrement d’un produit
à l’autre.
Les vêtements imprégnés d’insecticide ou de répulsif. Pour limiter
les piqûres d’insectes, on a de plus en plus recours au traitement des
vêtements avec de la perméthrine, un insecticide rémanent très peu toxique pour
l’homme. Le produit utilisé doit contenir 25 % de l’isomère Cis et 75 % du
Trans (perméthrine 25/75). Le traitement se fait à la dose d’environ 1 gr/m2
par simple trempage dans une solution de perméthrine 25/75 ou par pulvérisation
sur le vêtement. Ce traitement garde toute son efficacité pendant 2 mois et
résiste à 8 lavages successifs à l’eau tiède et au savon. On trouve sur le
marché (spécialistes de la protection des voyageurs) des préparations adaptées
et d’utilisation facile (dont Insect EcranÒ). Les armées de
plusieurs pays, notamment les USA et la France, traitent de façon systématique
les tenues des soldats résidant en zones tropicales. Une vaste étude réalisée
aux Etats Unis a conclu que la manipulation de la perméthrine 25/75 pour le
traitement ainsi que le port de vêtements imprégnés ne présentaient pas de
danger (Anonyme, 1994).
Des recherches sont en cours
pour traiter les fibres textiles de façon permanente avec des produits
répulsifs ou de la perméthrine. Pour cette dernière, l’armée Française utilise
déjà des procédés de traitement qui résistent à plus de 50 lavages. On trouve
sur le marché des textiles traités à la perméthrine (InsectlineÒ)
pour la confection de vêtements et de nappes. L’utilisation éventuelle d’un
autre insecticide fait actuellement l’objet d’essais. Il s’agit de l’étofenprox
(TrebonÒ),
un pseudo-pyréthrinoide dont la sécurité d’utilisation est encore meilleure que
celle de la perméthrine 25/75. Le traitement permanent des fibres textiles,
qu’il soit à base d’insecticide ou bientôt de répulsif, assure une protection
efficace et durable. Cependant, comme la plupart des répulsifs n’agissent pas à
distance ou seulement de façon partielle, il est toujours préférable de
compléter le port de vêtements imprégnés par des applications de répulsif sur
les parties de peau à nu. Dans ce cas, la protection conférée est quasi
absolue.
Les serpentins fumigènes. L’utilisation de répulsifs en fumigation
est également indiquée en extérieur. Les voyageurs sont fréquemment piqués par
les moustiques lorsqu’il dînent en plein air ou passent un moment sur une
terrasse après le dîner. Dans ce cas, l’utilisation de serpentins fumigènes
(connus sous le terme de tortillons chinois) complète bien l’action des
répulsifs appliqués sur la peau et les vêtements. La plupart des restaurateurs
dans les zones tropicales placent ces tortillons sous la table ou sur la
terrasse sur simple demande des clients. En revanche, l’utilisation des serpentins en intérieur est déconseillée,
même s’ils sont très utilisés par les populations locales qui souvent, n’ont
pas les moyens de s’offrir une meilleure protection.
Il existe quelques autres
dispositifs ou méthodes de prévention. Citons par exemple les générateurs
d’ultrasons qui ont fait l’objet de plusieurs tests et n’ont jamais eu le
moindre effet sur les moustiques, si ce n’est dans l’esprit de certains
utilisateurs crédules.
Les espaces totalement à l’abri
des moustiques sont rares. Aussi, d’une manière générale, les voyageurs
séjournant en zone tropicale devraient systématiquement utiliser des diffuseurs
d’insecticide dans la chambre à coucher, pour autant qu’il y ait l’électricité.
Un bon principe consiste à brancher le diffuseur dès l’entrée dans la chambre
et à le laisser toute la nuit. Des diffuseurs équipés de flacons assurent une
efficacité continue de l’ordre de deux semaines. Les voyageurs munis de
diffuseurs à plaquettes devront renouveler celle-ci tous les jours en se
couchant. Pour la première nuit, il est prudent de mettre une plaquette dès
l’entrée dans la chambre et de la remplacer en se couchant s’il s’écoule un
certain délai entre les deux. Les diffuseurs sont sensés marcher même avec les
fenêtres ouvertes. Il est préférable toutefois de les garder fermées ou de ne
les entrouvrir que légèrement pour éviter une trop grande dilution de
l’insecticide. Tous ces dispositifs utilisent des insecticides à base de
pyréthrines (les seuls recommandés) dont la toxicité pour l’homme est
extrêmement faible. Cependant, on déconseille leur utilisation continue et
prolongée pour ceux qui résident de façon permanente en zones tropicales.
Une chambre climatisée et
parfaitement étanche abrite fréquemment des moustiques. C’est pourquoi,
l’utilisation de diffuseurs d’insecticide ou une pulvérisation d’insecticide en
aérosol en début de soirée reste préférable dans tous les cas.
En extérieur, dans les locaux
sans électricité ou lors des séjours prolongés en zones d’endémie,
l’utilisation de la moustiquaire imprégnée d’insecticide est fortement
recommandée. Elle protège bien contre la nuisance engendrée par les moustiques
et les autres insectes piqueurs. Cependant, son efficacité contre la transmission
des maladies à vecteurs n’est pas totale. En Afrique, dans les zones à
paludisme stable, environ 3 % des moustiques vecteurs du paludisme sont
infectants et ils transmettent à plus de 90 % le P. falciparum. Il suffit qu’un membre du dormeur soit en contact
avec la moustiquaire, ou que celle ci soit mal fermée ou légèrement trouée pour
qu’il soit piqué et éventuellement contaminé. Pour résoudre ce problème, on
imprègne la moustiquaire avec un insecticide. On utilise pour cela des
pyréthrinoides stables, remarquablement efficaces contre les moustiques et
relativement peu toxiques pour l’homme (Anonyme, 1999). Ce traitement constitue
une barrière chimique qui double le niveau de protection conféré par la
moustiquaire. L’insecticide a pour effet de repousser les moustiques (effet
répulsif) ou de les empêcher de se déplacer le long de la moustiquaire à la
recherche d’un repas de sang (effet irritant). Il a également un effet de choc
ou « knock down » qui neutralise rapidement tout moustique qui aurait
pu pénétrer dans une moustiquaire mal ajustée ou trouée.
Les moustiquaires imprégnées
sont efficaces à l’intérieur comme à l’extérieur. Le voyageur doit toujours
prévoir de quoi les accrocher (crochets, ficelles, arceaux…). On trouve des
moustiquaires de différentes tailles, couleurs et formes (rectangulaires,
coniques, trapézoïdales), avec ou sans ouverture. On trouve même des
moustiquaires pour hamacs. Toutes sont efficaces pour autant qu’elles soient
bien fermées et surtout, bien traitées. Toutefois, il est préférable d’utiliser
des grands modèles qui sont plus confortables (moindre sensation d’étouffement)
et évitent tout contact entre une quelconque partie du corps et la
moustiquaire. C’est un facteur d’efficacité supplémentaire. On trouve des
moustiquaires chez certains vendeurs d’articles de sport et de voyage. Le
matériaux de choix est le polyester multifilament tricoté avec un fil de 75 à
100 decitex ou denier et ayant une maille de 156 (nombre de trous par pouce
carré). Le coton est plus agréable mais il est moins solide et a tendance à se
dégrader rapidement en milieu humide. Eviter le polyéthylène (moindre confort)
ainsi que les matériaux mono-filament (confort et résistance de l’insecticide
au lavage moindres ).
Il existe actuellement 6
insecticides dont l’OMS recommande l’utilisation pour le traitement des
moustiquaires (voir tableau ci-dessous). Tous sont des pyréthrinoides.
* Les produits avec un astérisque existent
également en doses uniques avec kit de traitement.
Des
formulations mieux adaptées ont été développées ces dernières années, la
plupart à base d’eau. Les solvants organiques sont désormais évités car ils
tendent à accroître la toxicité dermique des formulations. Cette toxicité
pouvait poser des problèmes pendant le trempage des moustiquaires, surtout
lorsqu’il était fait par du personnel non qualifié. Certaines formulations sont
mêmes constituées de micro capsules qui libèrent progressivement l’insecticide.
Les producteurs d’insecticides commencent à mettre sur le marché des kits
d’imprégnation composés d’une dose d’insecticide unique (comprimé effervescent,
sachet, flacon), de gants en plastiques, d’un sac pour l’imprégnation et
d’instruction simples, compréhensibles par tous (K-OtabÒ AgrEvo et IconetÒ Zeneca). Le problème de ces kits, tout comme celui des
insecticides pour moustiquaires imprégnées d’une manière générale, est celui de
la disponibilité dans les pays du Nord. On trouve toutefois en France des kits unidose
pour le traitement ou le retraitement des moustiquaires (Insect EcranÒ à base de perméthrine). Pour le traitement des
moustiquaires, la composition isomérique de la perméthrine peut être
différente, par exemple 40/60.
Les
moustiquaires sont traitées par trempage dans l’insecticide préalablement dilué
dans un volume d’eau ad hoc. Il importe de déterminer au préalable la quantité
d’eau absorbée par la moustiquaire lors du trempage. Si l’utilisateur ne met
pas suffisamment d’eau, sa moustiquaire ne sera pas traitée de façon régulière.
S’il en met trop, il perdra une partie de l’insecticide et sa moustiquaire sera
sous-traitée. On recommande désormais l’utilisation d’une dose unique
d’insecticide, quelle que soit la taille de la moustiquaire, cette dernière
variant en général de 10 à 15 m2. Certains fournisseurs proposent
des moustiquaires déjà traitées. Une moustiquaire ainsi traitée conserve
longtemps son efficacité (jusqu’à 5 ans) si elle est stockée dans un sac à
l’abri de la lumière. Une fois déballée et utilisée, une elle garde son
efficacité pendant 6 mois environ. Les insecticides utilisés résistant mal au
lavage, le voyageur s’efforcera de laver sa moustiquaire le moins souvent
possible. Il est prudent de prévoir un retraitement tous les 5 lavages.
De la
même manière que l’on traite les moustiquaires, on recommande aux campeurs de
traiter leurs tentes. L’imprégnation se fait avec les mêmes produits que les
moustiquaires, aux mêmes concentrations ou à une concentration plus forte,
n’excédant toutefois pas le double de celle-ci. Elle se fait également par
simple trempage dans l’insecticide dilué avec une quantité d’eau juste
suffisante pour bien mouiller tout le tissu. Incidemment, sous nos latitudes,
le traitement des tentes avec les pyréthrinoides réduit de façon significative
la nuisance engendrée par les mouches et les taons et les moustiques très
attirés, surtout par temps d’orage.
Comme
pour d’autres textiles, des recherches sont en cours pour assurer un traitement
durable des fibres L’objectif visé et la mise au point de moustiquaires
imprégnées durablement et dont la protection conférée par l’insecticide dure
aussi longtemps que la moustiquaire elle-même. En effet, le retraitement
régulier des moustiquaires est souvent négligé, soit que l’insecticide n’est
pas disponible soit que le voyageur n’en perçoive pas la nécessité. On trouve
actuellement sur le marché une moustiquaire longue durée à base de perméthrine
(Olyset NetÒ, Sumitomo). L’insecticide, incorporé dans le polymère qui
constitue la fibre, est re-largué progressivement. Ces moustiquaires confèrent
aux utilisateurs une protection durable ( 3 à 4 ans), surtout si elles ne sont
pas utilisées de façon intensive. Un autre type de moustiquaire longue durée
est désormais disponible dont l’insecticide (deltaméthrine) résiste à 20
lavages normalisés (PermanetÒ Vestergaard
Frandsen, Disease Control Textile). Avec ces produits, le voyageur n’aura plus
à se soucier du traitement ou du retraitement de la moustiquaire. Des progrès
significatifs dans le domaine des moustiquaires longue durée sont attendus au
cours des prochains mois. Toutefois, par mesure de sécurité, le voyageur devra
toujours veiller à ne pas laver ces moustiquaires trop fréquemment.
Certaines
espèces de moustiques, notamment les anophèles vecteurs du paludisme ont
développé une résistance aux insecticides du groupe des pyréthrinoides.
Plusieurs études ont été réalisées en Afrique de l’Ouest, dans les zones où le
vecteur majeur du paludisme est très fortement résistant. Elles ont montré que
malgré cette résistance, la protection conférée par l’insecticide demeurait
inchangée. L’OMS a mis en place, notamment en Afrique, des programmes de suivi
de la résistance des moustiques vecteurs aux insecticides et des recherches
sont en cours dans les zones où une résistance aux pyréthrinoides a été
détectée (Kenya, Afrique du Sud), due à un mécanisme différent de celui observé
et étudié en Afrique de l’Ouest.
Conclusion
La
gravité de certaines maladies transmises par les moustiques, l’absence de
vaccin (paludisme, dengue, filarioses) ainsi que la résistance croissante des
parasites aux médicaments renforcent la nécessité d’une prévention systématique
et efficace contre les piqûres de moustiques. Les outils de cette prévention
existent et sont efficaces. Le problème réside avant tout dans la façon dont
les voyageurs les utilisent, et avec quelle régularité ils le font. La démarche
première de nombreux voyageurs est avant tout d’assurer leur confort en se
protégeant contre la nuisance engendrée par les moustiques. En zones
d’endémies, il est essentiel qu’ils soient informés des risques liés à la
transmission des maladies dont certaines comme le paludisme, peuvent être
fatales. En effet, ils appliqueront les mesures de prévention avec d’autant
plus de soin qu’ils seront conscients des risques encourus. Si l’accès des
voyageurs à l’information est désormais relativement facile, notamment par
Internet, il leur est toutefois difficile d’apprécier de façon réaliste les
niveaux de risque. Dans cet exercice, le médecin traitant a un rôle important à
jouer, aidé en cela par les centres de vaccination et les voyagistes.
L’utilisation
de répulsifs appliqués sur la peau et les vêtements constitue pendant la
journée et en soirée une excellente protection. Celle-ci est encore
insuffisamment utilisée. Les produits disponibles aujourd’hui, surtout ceux
d’origine synthétique, ont une bonne efficacité. Des progrès sont attendus dans
la mise au point de nouvelles formulations qui permettront de réduire l’absorption
cutanée tout en augmentant encore la durée d’action. Pendant la nuit, les
diffuseurs d’insecticide et les moustiquaires imprégnées de pyréthrinoides
assurent également une excellente protection. Les avancées technologiques dans
ce domaine permettent la mise au point d’outils de plus en plus faciles à
utiliser. On a vu, par exemple, les progrès réalisés dans les fibres textiles
bio-actives qui ont permis la mise au point de moustiquaires à longue durée
d’action ne nécessitant aucun re-traitement. Cependant, beaucoup de ces
produits, surtout les insecticides et les moustiquaires, sont difficilement
accessibles au grand public. Une plus large diffusion devrait être assurée par les sociétés
privées, spécialisées dans la protection de la santé des voyageurs. Encore peu
nombreuses en Europe, elles devraient se développer dans un proche avenir
compte tenu de l’expansion rapide que connaissent les voyages internationaux et
le tourisme dans les régions tropicales.
Enfin,
il est nécessaire de rappeler ici qu’il n’existe aucune méthode absolue de
protection des voyageurs contre les piqûres de moustiques. Il existe un
ensemble de méthodes efficaces, chacune adaptée à une situation donnée. Une
prévention réussie passe par la combinaison intelligente des ces différentes
méthodes qui sont complémentaires et non pas concurrentes. Elle passe également par la régularité de
leur application, le voyageur devant s’assurer une protection continue pendant
toute la durée de son séjour dans les zones d’endémie.
Mieux
vaut toujours prévenir : lorsque le soleil se couche, l’anophèle se lève…
Où il faut et quand il le faut, un bon répulsif correctement utilisé, un
diffuseur d’insecticides, des recharges, une moustiquaires imprégnée dans la
valise avec de quoi la suspendre et…Bon Voyage !
Bibliographie
sommaire
Anonyme, 1994. Health effects of
permethrin-impregnated army battle-dress uniforms. National Research Council, National Academy Press, Washington D.C.
Carnevale P. & Mouchet J.,
1997. La protection individuelle contre les
insectes vecteurs. Médecine tropicale, 57bis, 505-510.
Carnevale
P., 1998. La protection du voyageur contre les piqûres d’arthropodes vecteurs.
Bulletin de la Société de pathologie exotique, 91(5), 474-485.
Frandin
M. S., 1998. Mosquitoes
and mosquito repellents : a clinician’s guide. Annals of Internal Medecine, 128 (11), 931-939
Coosemans
M. & Guillet P., 1999. La protection du voyageur contre les piqûres de
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et Maladies infectieuses, 29 (suppl. 3), 390s-396s.
Anonyme, 1999. Safety of pyrethroid-treated mosquito
nets. Fact Sheet WHO. WHO/CDS/CPE/WHOPES/99.5
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