Règles
d’or :
Les voyageurs et les personnes qui les conseillent doivent tenir compte
des quatre principes de protection contre le paludisme.
A - Être conscient du risque et connaître la
période d’incubation et les principaux symptômes.
B - Éviter d’être piqué par des moustiques,
notamment entre le crépuscule et l’aube.
C - Prendre des médicaments antipaludiques
(chimioprophylaxie) pour arrêter l’infection le cas échéant.
D - Solliciter immédiatement un diagnostic et un
traitement si une fièvre se déclare sept jours ou davantage après l’arrivée
dans une zone où il y a un risque de paludisme, voire jusqu’à trois mois après
le départ.
Le kit prévention du voyageur
exposé au paludisme comprend :
Généralités
Le paludisme est une maladie
courante et potentiellement mortelle
dans de nombreuses zones tropicales et subtropicales. Il est actuellement
endémique dans une bonne centaine de pays, qui sont visités annuellement par
plus de 125 millions de voyageurs internationaux.
Chaque année, de nombreux voyageurs contractent le paludisme lorsqu’ils
visitent des pays où cette maladie est endémique, et bien plus de 10 000
personnes tombent malades après leur retour dans leur pays d’origine. Une fièvre survenant chez un voyageur jusqu’à trois mois
après qu’il a quitté une zone d’endémie palustre constitue une urgence médicale
qui doit faire l’objet d’une investigation dans les plus brefs délais.
Cause
Le paludisme humain est causé par quatre
espèces différentes d’un protozoaire parasite du genre Plasmodium : Plasmodium
falciparum, P. vivax, P. ovale et P. malariae.
Transmission
Le parasite du paludisme est
transmis par diverses espèces de moustiques Anopheles, qui piquent surtout
entre le coucher et le lever du soleil.
Nature
de la maladie
Le paludisme est une maladie fébrile aiguë
dont la période d’incubation est de sept jours au moins. Par conséquent, une maladie
fébrile se manifestant moins d’une semaine après la première exposition
possible n’est pas le paludisme.
La forme la plus grave est causée par P. falciparum et présente des
caractéristiques cliniques variables telles qu’une fièvre, des frissons, des
céphalées, des douleurs et faiblesses musculaires, des vomissements, de la
toux, de la diarrhée et des douleurs abdominales ; d’autres symptômes liés à
une insuffisance organique peuvent survenir (p. ex. une insuffisance rénale
aiguë, des convulsions généralisées, un collapsus circulatoire) et conduire au
coma et à la mort. On estime qu’environ 1% des sujets infectés par P.
falciparum meurent de la maladie. Les premiers symptômes, parfois bénins,
ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Il est important de songer au
paludisme à falciparum dans tous les cas de fièvre inexpliquée commençant à un
moment quelconque entre le septième jour après la première exposition possible
à l’infection et trois mois (ou davantage dans de rares cas) après la dernière
exposition possible ; toute personne présentant un épisode fébrile pendant
cette période doit immédiatement solliciter un diagnostic et un traitement
efficace.
Un diagnostic précoce et un traitement approprié
peuvent sauver des vies. Le paludisme à falciparum peut être mortel
si le traitement est différé de plus de 24 heures. Il faut prélever un
échantillon de sang et rechercher les parasites du paludisme. Si le premier
frottis ne révèle aucun parasite et si les symptômes subsistent, il faut
prélever une série d’échantillons sanguins et les examiner à des intervalles de
6 à 12 heures.
Les femmes enceintes, les jeunes enfants et les voyageurs âgés sont
particulièrement exposés. Le paludisme chez une femme enceinte accroît le
risque de décès maternel, de fausse couche, de mortinaissance et de décès
néonatal.
Les formes de paludisme causées par d’autres espèces de Plasmodium sont moins
graves et rarement mortelles.
La prévention et le traitement du paludisme à
falciparum deviennent plus difficiles à mesure que s’accroît la résistance de
P. falciparum à divers médicaments. Parmi les autres formes de
paludisme, une pharmacorésistance a jusqu’ici été signalée pour P. vivax,
principalement en Indonésie (Irian Jaya) et en Papouasie-Nouvelle- Guinée, un
plus grand nombre de cas sporadiques étant déclarés au Guyana. On a constaté
une sensibilité décroissante de P. vivax en Inde, au Myanmar, en
République de Corée et en Thaïlande ainsi qu’au Brésil, en Colombie et au
Guatemala. Une résistance de P. malariae à la chloroquine a été signalée
en Indonésie.
Répartition
géographique
La
carte
montre la répartition actuelle du paludisme dans le monde (
liste des pays et territoires touchés.
Le risque pour un voyageur de contracter le paludisme est
extrêmement variable d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre dans un
même pays.
Dans de nombreux pays d’endémie d’Amérique latine et des Caraïbes, d’Asie et de
la région méditerranéenne, le paludisme ne se transmet pas dans les grandes
agglomérations, mais ce n’est pas nécessairement le cas dans leurs banlieues ni
dans les principales zones urbaines d’Afrique et d’Inde. Le risque de paludisme
est habituellement moindre aux altitudes supérieures à 1500 mètres, mais, dans
des conditions climatiques favorables, la maladie peut se déclarer jusqu’à près
de 3000 mètres. Le risque d’infection peut également varier en fonction de la
saison ; il est maximal à la fin de la saison des pluies. Il n’y a aucun risque
dans de nombreux endroits touristiques en Asie du Sud-Est, en Amérique latine
et aux Caraïbes.
Risque pour les voyageurs
Pendant la saison de transmission dans les
zones d’endémie palustre, tous les voyageurs non
immuns exposés aux piqûres de moustiques, notamment entre le crépuscule et
l’aube, courent le risque de contracter le paludisme. Les voyageurs
antérieurement partiellement immunisés, qui ont perdu leur immunité parce
qu’ils sont restés au moins deux ans dans des zones indemnes d’endémie, sont
également vulnérables. La plupart des cas de paludisme chez les voyageurs
surviennent à cause d’une mauvaise observance des schémas chimioprophylactiques
ou de l’utilisation d’une prophylaxie inappropriée.
Les voyageurs se rendant dans des pays où le degré de transmission du paludisme
varie selon les régions doivent se renseigner sur le risque de paludisme dans
les zones qu’ils vont visiter. S’ils ne peuvent obtenir des informations
précises avant de partir, il leur est recommandé de considérer que le risque
est uniformément élevé dans tout le pays. Cela vaut en particulier pour les
personnes qui font de la randonnée dans des lieux écartés et qui visitent des zones
où des moyens de diagnostic et des soins médicaux ne sont pas facilement
accessibles. Les voyageurs qui passent la nuit dans des zones rurales sont sans
doute les plus exposés au risque.
Protection contre les piqûres
de moustiques
On devrait dire à tous les
voyageurs que leur première ligne de défense contre le paludisme est la
protection individuelle contre les piqûres de moustiques entre le crépuscule et
l’aube. Des mesures de protection
concrètes sont décrites dans la section intitulée «
Lutte contre les insectes».
Chimioprophylaxie
Elle doit être prescrite par un
médecin.
Il convient de prescrire la posologie
correcte des antipaludiques les plus appropriés (s’il en existe) pour la
destination choisie. Les voyageurs et leurs médecins doivent être conscients qu’AUCUNE PROPHYLAXIE ANTIPALUDIQUE N’ASSURE UNE PROTECTION
COMPLÈTE. Il faut également tenir compte des points suivants :
- La posologie pour les enfants doit être
adaptée à leur poids.
- L’administration des antipaludiques qui
doivent être pris quotidiennement doit commencer la veille de l’arrivée
dans la zone à risque.
- La prise hebdomadaire de chloroquine
doit commencer une semaine avant l’arrivée.
- La prise hebdomadaire de méfloquine
doit commencer au moins une semaine, mais de préférence deux à trois
semaines, avant le départ pour obtenir une concentration sanguine assurant
une protection optimale et pour savoir avant le voyage si le médicament a
des effets secondaires, de façon à envisager une autre prophylaxie, le cas
échéant.
- Les antipaludiques doivent être pris
avec des aliments et avalés avec beaucoup d’eau.
- Toute prophylaxie doit être suivie avec
une régularité absolue pendant tout le séjour dans la zone présentant un
risque de paludisme, et continuée pendant quatre semaines après la
dernière exposition possible à l’infection, car de nouveaux parasites
peuvent encore se former pendant cette période à partir des stades
hépatiques. La seule exception est l’atovaquone-proguanil, dont la prise
peut être arrêtée une semaine après le retour.
- Compte tenu de la forme de paludisme
qui prédomine dans la zone de destination, les voyageurs doivent être
informés de la survenue éventuelle d’une infection tardive à P. vivax.
Selon la zone visitée, la prophylaxie
recommandée peut être la chloroquine, la chloroquine associée au proguanil, la
méfloquine ou la doxycycline. Dans les zones où la méfloquine est le médicament
prophylactique de choix, la doxycycline ou l’association atovaquone/proguanil
peut être utilisée en remplacement et ce, la veille du départ ; la chloroquine
associée au proguanil offrira une moindre protection. La chloroquine utilisée
seule ne peut être recommandée que pour les zones où le paludisme est dû
exclusivement à P. vivax ou à P. falciparum sensible à la
chloroquine. L’association atovaquone-proguanil offre une prophylaxie de
remplacement aux voyageurs qui font de brefs séjours dans des zones où il y a
une résistance à la chloroquine, et qui ne peuvent prendre ni la méfloquine ni
la doxycycline.
Tous les antipaludiques ont des contre-indications spécifiques et des effets
secondaires possibles. Les réactions indésirables attribuées à la
chimioprophylaxie sont courantes, mais la plupart d’entre elles sont bénignes
et n’entravent pas les activités du voyageur. Les réactions indésirables graves
– définies comme constituant une menace apparente pour la vie, nécessitant ou
prolongeant une hospitalisation, ou entraînant une incapacité sévère – sont
rares. Pour la méfloquine, l’incidence des réactions indésirables graves a été
estimée de 1 pour 6000 à 1 pour 10 600 voyageurs, contre 1 pour 13 600 pour la
chloroquine. Le risque d’effets secondaires associés au médicament doit être
comparé au risque de paludisme, notamment le paludisme à falciparum, et aux
schémas locaux de pharmacorésistance.
Chacun des antipaludiques est contre-indiqué
chez certains groupes et individus, et les contre-indications doivent être
soigneusement prises en compte afin de réduire le risque de réactions
indésirables graves. Les personnes souffrant d’une maladie chronique doivent
demander un avis médical personnalisé. Tout voyageur présentant sous médication
antipaludique des effets secondaires graves doit interrompre la prise du
médicament et consulter immédiatement un médecin. Cela s’applique en
particulier aux troubles neurologiques ou psychologiques suivant la prise de
méfloquine. De légères nausées, des vomissements occasionnels ou des selles molles
ne doivent pas entraîner l’interruption de la prophylaxie, mais il convient de
demander l’avis d’un médecin si les symptômes persistent.
En raison du risque de réactions
indésirables, la chimioprophylaxie ne doit pas être prescrite en l’absence de
risque de paludisme. Il est important de relever que le paludisme ne sévit pas
dans tous les pays tropicaux (
voir la carte et
la liste par pays).
Chimioprophylaxie de longue
durée
Le risque d’effets secondaires graves liés à
la prise prolongée de chloroquine et de proguanil à titre prophylactique est
faible. Cependant, toute personne ayant pris 300 mg de chloroquine par semaine
pendant plus de cinq ans et qui doit poursuivre la prophylaxie devrait se
soumettre, deux fois par an, à un examen pour le dépistage de modifications
précoces de la rétine (cet examen se fera au bout de trois ans si la posologie
suivie est de 100 mg par jour). Si de telles modifications sont observées, un
autre médicament doit être prescrit. Les données n’indiquent pas de risque
accru d’effets secondaires graves en cas de prise prolongée de méfloquine
lorsque ce médicament a été bien toléré pendant une courte période.
L’expérience avec la doxycycline pour la chimioprophylaxie de longue durée
(c’est-à-dire pendant plus de quatre à six mois) est limitée, mais les données
disponibles sont rassurantes. La méfloquine et la doxycycline devraient être
réservées à ceux qui sont le plus exposés aux infections
chloroquinorésistantes. L’association atovaquone-proguanil ne peut pas encore
être recommandée pour la chimioprophylaxie de longue durée à cause du manque de
données.
Traitement de réserve
d’urgence
Toute personne qui contracte une
fièvre une semaine ou plus après l’entrée dans une zone présentant un risque de
paludisme doit consulter immédiatement un médecin ou un laboratoire spécialisé
pour solliciter un diagnostic et un traitement. La plupart des voyageurs pourront obtenir une
assistance médicale dans les 24 heures qui suivent l’apparition de la fièvre.
Toutefois,
une minorité de personnes n’auront
peut-être pas accès à des soins, en particulier si elles séjournent (une
semaine ou plus après l’entrée dans une zone d’endémie) dans un endroit
éloigné. C’est pourquoi il est conseillé aux voyageurs d’emporter avec eux des
antipaludiques qu’ils pourront s’autoadministrer en cas de besoin (traitement
de réserve d’urgence).
Il faut distinguer le traitement de réserve d’urgence du traitement administré
par un personnel médical compétent. Le premier est suivi par un voyageur 1) qui
est malade dans un endroit éloigné et qui ne peut facilement atteindre un
hôpital ou consulter un professionnel de santé qualifié, 2) qui prend peut-être
déjà des antipaludiques à titre prophylactique, et 3) qui peut être amené à
diagnostiquer lui-même le paludisme sur la base de symptômes cliniques non
spécifiques comme la fièvre. Dans ces conditions, l’innocuité et l’efficacité
des médicaments donnés revêtent une importance cruciale et les antipaludiques
normalement utilisés pour le traitement ne peuvent pas tous être prescrits en
toute confiance.

Le traitement
de réserve d’urgence peut aussi être indiqué pour les voyageurs appartenant à
certains groupes professionnels, comme les équipages d’avions, qui font
fréquemment de brèves escales dans des zones d’endémie pendant de nombreuses
années. Ces voyageurs peuvent choisir de réserver la chimioprophylaxie pour les
zones à haut risque seulement. Cependant, ils doivent continuer à prendre des
mesures rigoureuses de protection contre les piqûres de moustiques et être
prêts à faire face à une atteinte de paludisme : ils doivent toujours emporter
avec eux des antipaludiques pour un traitement de réserve d’urgence, consulter
immédiatement un médecin en cas de fièvre et, faute d’aide médicale rapide,
recourir au traitement de réserve d’urgence.
Le traitement de réserve d’urgence – associé
à une protection rigoureuse contre les piqûres de moustiques – peut parfois
être indiqué pour les personnes qui séjournent pendant une semaine ou plus dans
des zones rurales éloignées, où le paludisme polypharmacorésistant est rare et
où le risque des effets secondaires de la prophylaxie l’emporte sur le risque
de contracter le paludisme. Cela peut être le cas dans certaines zones
frontières de pays d’Asie du Sud-Est. Toutefois, la plupart des voyageurs qui
se rendent dans ces zones pourront avoir accès à des services médicaux compétents
dans les 24 heures qui suivent l’apparition d’une fièvre.

Des études
sur l’utilisation des tests de diagnostic rapide (bandelettes réactives) ont montré
que les voyageurs n’ayant pas reçu de formation éprouvent de grandes
difficultés à exécuter et à interpréter ces tests, ce qui entraîne un nombre
anormalement élevé de résultats faux négatifs. En outre, les bandelettes
réactives peuvent se dégrader sous l’effet d’une chaleur et d’une humidité
extrêmes et devenir moins sensibles. Il faudra procéder à d’importantes
modifications techniques avant que l’utilisation de ces bandelettes réactives
puisse être recommandée aux voyageurs.
Les voyageurs à qui on a prescrit un traitement de
réserve d’urgence doivent avoir des instructions écrites, claires et précises,
concernant l’identification des symptômes, les conditions dans lesquelles il
faut appliquer le traitement, le schéma thérapeutique à suivre, les
effets secondaires éventuels des médicaments et les mesures à prendre au cas où
ceux-ci n’agiraient pas. Ils doivent savoir que l’autotraitement entre dans le
cadre des premiers secours et qu’ils doivent consulter un médecin dès que
possible.
En général, les voyageurs qui emportent des médicaments de réserve pour les
situations d’urgence doivent observer les principes suivants :
- Consulter immédiatement un médecin si
une fièvre survient une semaine ou plus après l’entrée dans une zone
présentant un risque de paludisme.
· S’il est impossible de consulter un médecin et/ou de poser un
diagnostic dans les 24 heures qui suivent l’apparition de la fièvre, commencer
le traitement de réserve d’urgence et solliciter des soins médicaux dès que
possible pour un contrôle complet et pour exclure d’autres causes sérieuses de
fièvre.
- Achever le traitement de réserve
d’urgence et reprendre la prophylaxie antipaludique une semaine après la
première dose. Cependant, on ne reprend la prophylaxie à la méfloquine
qu’une semaine après la dernière dose de quinine.
- Le vomissement d’antipaludiques risque
moins de se produire si la fièvre est d’abord abaissée au moyen
d’antipyrétiques. Une deuxième dose complète doit être prise si les
malades vomissent moins de 30 minutes après avoir pris le médicament.
S’ils vomissent entre 30 et 60 minutes après avoir pris une dose, une
demi-dose supplémentaire doit être prise. Des vomissements accompagnés de
diarrhée peuvent conduire à un échec du traitement dû à une mauvaise
absorption du médicament.
- Ne pas traiter le paludisme suspecté
avec les médicaments utilisés pour la prophylaxie, à cause du risque accru
de toxicité et de résistance.
Selon la zone visitée et le schéma chimioprophylactique suivi, on peut
recommander l’un des traitements de réserve d’urgence suivants : chloroquine
(seulement dans les zones où l’on trouve P. vivax), méfloquine, quinine
ou quinine plus doxycycline.
L’association artéméther-luméfantrine a été homologuée en Suisse pour le
traitement de réserve d’urgence chez les voyageurs qui se rendent dans des
zones où le parasite résiste à d’autres médicaments. En outre, certaines
autorités sanitaires nationales recommandent l’association atovaquone-proguanil
pour ce traitement dans les zones où l’on constate une polypharmacorésistance.
L’halofantrine est contre-indiquée pour
le traitement de réserve depuis qu’on sait qu’elle peut entraîner une
dysrythmie ventriculaire, un allongement de l’intervalle Q-T ou une mort subite
chez les sujets sensibles. Ces risques peuvent être accentués si l’halofantrine
est prise en association avec d’autres antipaludiques qui peuvent diminuer la
conduction myocardique.
Femmes enceintes
Le paludisme chez une femme enceinte accroît
le risque de décès maternel, de fausse couche, de mortinaissance et d’insuffisance
pondérale à la naissance pouvant entraîner le décès néonatal.
Il est conseillé aux femmes enceintes d’éviter de se rendre dans les zones où P.
falciparum est chloroquinorésistant. Si le voyage ne peut être évité, il
est très important de prendre des mesures préventives efficaces contre le
paludisme, même lorsqu’on se rend dans des zones où seul le paludisme à vivax
se transmet. Les femmes enceintes doivent appliquer scrupuleusement les mesures
de protection contre les piqûres de moustiques, mais elles doivent veiller à ne
pas dépasser la dose de répulsif recommandée.
Dans les rares zones où il y a transmission exclusive de P. vivax ou
dans lesquelles P. falciparum pourrait être à 100% sensible à la
chloroquine, ce médicament seul peut être utilisé à titre prophylactique. Dans
les zones où P. falciparum est chloroquinorésistant, la prophylaxie par
la chloroquine associée au proguanil peut être prescrite sans danger pendant
les trois premiers mois de la grossesse. Son efficacité peut toutefois être
considérablement limitée. La méfloquine peut être administrée à titre
prophylactique pendant le deuxième et le troisième trimestre, mais doit être
utilisée avec prudence au cours du premier trimestre. Les autres médicaments
sont soit dangereux pour le fœtus, soit insuffisamment connus pour être
prescrits à titre prophylactique pendant la grossesse.
Si l’on suspecte le paludisme, les femmes enceintes devraient consulter
immédiatement un médecin ; si cela n’est pas possible, elles devraient suivre
un traitement de réserve d’urgence à la quinine. Un médecin doit être consulté
dès la fin du traitement de réserve.
Les femmes enceintes atteintes de paludisme à falciparum peuvent présenter
rapidement tous les symptômes cliniques du paludisme grave. Elles sont particulièrement
prédisposées à l’hypoglycémie et à l’œdème pulmonaire. Elles peuvent présenter
l’hémorragie du post-partum et une hyperpyrexie conduisant à la détresse
fœtale. La femme enceinte atteinte de paludisme grave à falciparum sera
transférée en soins intensifs. A cause du risque d’hyperinsulinémie et
d’hypoglycémie induites par la quinine, l’artésunate et l’artéméther sont les
médicaments de choix pour le traitement du paludisme grave pendant le deuxième
et le troisième trimestre. Les données sur l’utilisation des dérivés de
l’artémisinine durant le premier trimestre sont encore limitées.
Femmes pouvant tomber enceintes pendant ou
après le voyage
Elles peuvent prendre de la méfloquine ou de
la doxycycline à titre prophylactique, mais feraient mieux d’éviter une
grossesse durant la période où elles prennent le médicament ainsi que pendant
les trois mois qui suivent l’arrêt de la prophylaxie à la méfloquine et pendant
une semaine après l’arrêt de la prophylaxie à la doxycycline.
Si une femme tombe enceinte pendant la
prophylaxie antipaludique à la méfloquine ou à la doxycycline, on ne doit pas
considérer que cette prophylaxie justifie l’interruption de la grossesse.
Jeunes enfants
Le paludisme à falciparum chez un jeune
enfant constitue une urgence médicale : il peut entraîner rapidement la mort.
Les premiers symptômes sont atypiques et difficiles à reconnaître, et des
complications potentiellement mortelles peuvent survenir dans les heures qui
suivent les symptômes initiaux.
Il est conseillé aux parents de ne pas emmener des nourrissons ou de jeunes
enfants dans des zones où il y a transmission de P. falciparum
chloroquinorésistant. Si le voyage ne peut être évité, les enfants doivent être
soigneusement protégés contre les piqûres de moustiques et recevoir une
chimioprophylaxie appropriée. Entre le crépuscule et l’aube, les nourrissons
resteront, dans la mesure du possible, sous une moustiquaire traitée aux
insecticides. Les instructions des fabricants de répulsifs doivent être
scrupuleusement respectées et la dose recommandée ne doit pas être dépassée.
Les nourrissons allaités au sein ou au biberon doivent recevoir une
chimioprophylaxie, car ils ne sont pas protégés par la prophylaxie suivie par
la mère. Les doses pour les enfants seront adaptées à leur poids. La
chloroquine et le proguanil sont sans danger pour les nourrissons et les jeunes
enfants, et la méfloquine peut être donnée aux nourrissons pesant plus de 5 kg.
A cause du manque de données, l’association atovaquone-proguanil ne peut être
recommandée pour la prophylaxie chez les enfants pesant moins de 11 kg. La
doxycycline est contre-indiquée chez les enfants de moins de 8 ans.
Les antipaludiques doivent être conservés dans des récipients que les enfants
ne peuvent ni atteindre, ni ouvrir. La chloroquine est particulièrement toxique
pour les enfants en cas de surdose.
Il faut immédiatement consulter un médecin si un enfant fait une maladie
fébrile : le paludisme doit toujours être suspecté et le diagnostic en
laboratoire est essentiel. Chez les nourrissons, on devrait suspecter le
paludisme même en cas de maladie non fébrile.
Il faut songer au paludisme dès qu’un enfant présente un épisode fébrile dans
l’année qui suit un séjour dans une zone d’endémie ou l’immigration en
provenance d’une telle zone. Un diagnostic en laboratoire doit être demandé
immédiatement si l’on suspecte le paludisme, et le traitement par un
antipaludique efficace doit être entrepris aussitôt que possible.
Situations
particulières – Paludisme polypharmacorésistant
Dans les zones frontières entre le Cambodge,
le Myanmar et la Thaïlande, les infections à P. falciparum ne répondent pas au
traitement à la chloroquine ou à la sulfadoxine-pyriméthamine, et la
sensibilité à la quinine est réduite. On signale aussi plus de 50% d’échecs
avec la méfloquine. Dans de telles situations, on peut utiliser la doxycycline
ou l’association atovaquone-proguanil pour la chimioprophylaxie et appliquer en
même temps des mesures rigoureuses de protection individuelle. Toutefois, ces
médicaments ne peuvent être administrés aux femmes enceintes et aux jeunes
enfants. Comme il n’y a pas de schéma prophylactique qui soit à la fois
efficace et sans danger pour ces groupes dans les zones où le paludisme est
polypharmacorésistant, les femmes enceintes et les jeunes enfants devraient
éviter de se rendre dans ces zones impaludées.
Dans le bassin amazonien d’Amérique du Sud, une résistance à la méfloquine a
été signalée au Brésil seulement, où les taux d’échec clinique restent
inférieurs à 5%.
Protection contre les vecteurs
Les voyageurs peuvent se
protéger contre les moustiques et d’autres vecteurs en recourant aux moyens
décrits dans les paragraphes qui suivent.
Les répulsifs anti-insectes sont des substances que l’on applique sur la peau exposée
ou sur les vêtements pour éviter un contact avec les vecteurs. Ils
contiennent un principe actif qui éloigne les insectes sans toutefois les tuer.
On choisira un répulsif contenant soit du DEET (N, N-diéthyl-m-toluamide), soit
du IR3535® (ester éthylique de l’acide 3-[N-acétyl-N-butyl]-aminopropionique),
soit du Bayrepel® (ester 2-(2-hydroxyéthyl)-1-méthylpropylique de l’acide
1-pipéridinecarboxylique).
On appliquera le répulsif
pour assurer une protection pendant les périodes où les insectes piquent.
On évitera de toucher les muqueuses et on se lavera toujours les mains après
application. Le répulsif ne doit pas être pulvérisé sur le visage ni appliqué
sur les paupières ou les lèvres, les zones sensibles, les coups de soleil, les
lésions ni dans les plis profonds de la peau. Il peut être nécessaire de
renouveler l’application du produit toutes les trois à quatre heures, surtout
dans les climats chauds et humides.
Appliqué sur les
vêtements, le répulsif reste efficace plus longtemps. Il convient de se conformer strictement aux
instructions du fabricant et de ne pas dépasser la dose, surtout pour les
jeunes enfants.
Les serpentins antimoustiques constituent l’exemple le mieux connu de
vaporisateurs d’insecticides, dont le principe actif est généralement un
pyréthrinoïde de synthèse. En principe,
un serpentin
suffit pour une chambre normale pendant toute une nuit, à moins que
la pièce ne soit particulièrement exposée aux courants d’air. Il existe un
dispositif plus élaboré, pour lequel il faut avoir l’électricité, la
plaquette insecticide diffusante, qui libère l’insecticide
par vaporisation lorsqu’elle est posée sur une grille chauffée
électriquement. De tels dispositifs peuvent également être utilisés pendant le
jour si nécessaire.
Les bombes aérosols, destinées à abattre les insectes volants, agissent
par effet de choc et tuent rapidement. Les chambres doivent être traitées avant
de se coucher. Si l’on débarrasse une pièce de ses insectes en la traitant avec
une bombe aérosol, l’effet peut être de courte durée. Il est donc recommandé
d’utiliser en plus de la bombe insecticide un serpentin antimoustiques, un
vaporisateur ou une moustiquaire. Les aérosols dirigés contre les insectes
rampants (p. ex. cafards et fourmis) servent à traiter les endroits où ces insectes
se déplacent.
Des vêtements protecteurs peuvent être utiles aux
heures de la journée où les vecteurs sont agressifs. L’épaisseur du tissu est
d’une importance capitale et aucune surface de peau ne doit rester découverte à
moins d’avoir été traitée par un répulsif.
Appliqué
sur les vêtements, le répulsif est efficace plus longtemps que sur la peau. Le
fait de traiter les vêtements à la perméthrine ou à l’étofenprox pour empêcher
les moustiques de piquer au travers offre une protection supplémentaire. Il
convient de suivre les indications qui figurent sur l’étiquette pour ne pas
endommager certains tissus. Dans les zones infestées de tiques et de puces, on
se protégera les pieds en portant des chaussures appropriées et des pantalons
longs et en veillant à bien engager le bas du pantalon dans la chaussette. On
obtiendra une meilleure protection en traitant les vêtements avec un répulsif.
Les moustiquaires
sont un excellent moyen de protection individuelle pendant le sommeil. Elles
sont bien plus efficaces si elles sont traitées par un insecticide. On peut trouver dans le
commerce des moustiquaires prétraitées. Elles doivent être résistantes et la
dimension des mailles doit être inférieure à 1,5 mm. Après avoir vérifié que la
moustiquaire n’est pas déchirée et qu’aucun moustique n’est retenu à
l’intérieur, il faut la rentrer sous le matelas. Il existe des moustiquaires
spécialement conçues pour les lits d’enfants et les petits lits ; elles offrent
une protection aux bébés chaque fois qu’ils dorment.
Les voyageurs qui campent
sous la tente doivent associer serpentins anti- moustiques, répulsifs et
moustiquaires. Les mailles des moustiquaires de tente étant souvent de taille
supérieure à 1,5 mm, il faut installer des moustiquaires spéciales.
La pose d’un treillis
moustiquaire au niveau des fenêtres, des portes et des avant- toits limite
l’exposition aux insectes volants. Dans la mesure du possible, on cherchera un
logement pourvu de tels treillis.
La climatisation est un
moyen très efficace d’empêcher les moustiques et autres insectes de pénétrer
dans une pièce. Dans les hôtels climatisés, il n’est pas nécessaire de prendre
d’autres précautions à l’intérieur.
Les contacts avec les
collections d’eau douce, telles que lacs, canaux d’irrigation et rivières aux
cours lents, sont à éviter dans les zones où sévit la schistosomiase.
Les principaux vecteurs et les maladies qu’ils transmettent*
|
Vecteurs |
Principales maladies transmises |
|
Mollusques aquatiques |
Schistosomiase (bilharziose) |
|
Simulies |
Cécité des rivières (onchocercose) |
|
Puces |
Peste (transmise du rat à l’homme par la puce) |
|
Moustiques |
|
|
|
Dengue,
Fièvre de la vallée du Rift,
Fièvre jaune. |
|
|
Anopheles Filariose lymphatique,
Paludisme |
|
|
Encéphalite japonaise,
Filariose lymphatique
Fièvre à virus du Nil |
|
Phlébotomes |
Leishmaniose - Fièvre à pappataci |
|
Tiques |
Fièvre hémorragique de Crimée-Congo - Maladie de
Lyme - Fièvre récurrente (borréliose) - Fièvres à rickettsies, dont la fièvre
pourprée et la fièvre Q Encéphalite à tiques - Tularémie |
|
Réduves |
Maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) |
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Mouches tsé-tsé |
Maladie du sommeil (trypanosomiase africaine) |
* D’après les nombreux
travaux de recherche effectués, rien ne prouve que les insectes transmettent
l’infection à VIH.
La climatisation est un moyen très efficace d’empêcher les
moustiques et autres insectes de pénétrer dans une pièce. Dans les hôtels
climatisés, il n’est pas nécessaire de prendre d’autres précautions à
l’intérieur.
Les contacts avec les collections d’eau douce, telles que lacs, canaux
d’irrigation et rivières aux cours lents, sont à éviter dans les zones où sévit
la schistosomiase.
Pays et
territoires comprenant des zones impaludées
On trouvera dans la liste
qui suit tous les pays où sévit le paludisme. Dans certains d’entre eux, on ne
rencontre la maladie que dans certaines zones ou jusqu’à une altitude
déterminée. Dans de nombreux pays, le paludisme a un caractère saisonnier.
(* risque de P. vivax seulement)
Afghanistan
Afrique du Sud
Algérie*
Angola
Arabie saoudite
Argentine*
Arménie*
Azerbaïdjan*
Bangladesh
Belize
Bénin
Bhoutan
Bolivie
Botswana
Brésil
Burkina Faso
Burundi
Cambodge
Cameroun
Cap-Vert
Chine
Colombie
Comores
Congo
Congo, République
démocratique du
(précédemment Zaïre)
Corée, République de* Corée, République populaire démocratique de*
Costa Rica
Côte d’Ivoire
Djibouti
Egypte
El Salvador
Equateur
Erythrée
Ethiopie
Gabon
Gambie
Géorgie*
Ghana
Guatemala
Guinée
Guinée-Bissau
Guinée équatoriale
Guyana |
Guyane française
Haïti
Honduras
Iles Salomon
Inde
Indonésie
Iran, République islamique d’
Iraq*
Kenya
Kirghizistan*
Libéria
Madagascar
Malaisie
Malawi
Mali
Maroc*
Maurice*
Mauritanie
Mayotte
Mexique
Mozambique
Myanmar
Namibie
Népal
Nicaragua
Niger
Nigéria |
Oman
Ouganda
Pakistan
Panama
Papouasie-Nouvelle-
Guinée
Paraguay
Pérou
Philippines
République arabe syrienne*
République centrafricaine
République démocratique populaire lao
République dominicaine
Rwanda
Sao Tomé-et-Principe
Sénégal
Sierra Leone
Somalie
Soudan
Sri Lanka
Suriname
Swaziland
Tadjikistan
Tanzanie, République-
Unie de
Tchad
Thaïlande
Timor-Leste
Togo
Turkménistan*
Turquie*
Vanuatu
Venezuela
Viet Nam
Yémen
Zambie
Zimbabwe |
Carte du paludisme dans le monde