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fiche OMS 2005


Le paludisme en 2005 - Etat des lieux pays par pays - Cartes des risques, de l'état des résistances... 

 

Généralités

Le paludisme est une maladie courante et potentiellement mortelle dans de nombreuses zones tropicales et subtropicales. Il est actuellement endémique dans une bonne centaine de pays, qui sont visités annuellement par plus de 125 millions de voyageurs internationaux.
Chaque année, de nombreux voyageurs contractent le paludisme lorsqu’ils visitent des pays où cette maladie est endémique, et bien plus de 10 000 personnes tombent malades après leur retour dans leur pays d’origine. Une fièvre survenant chez un voyageur jusqu’à trois mois après qu’il a quitté une zone d’endémie palustre constitue une urgence médicale qui doit faire l’objet d’une investigation dans les plus brefs délais.

Cause

Le paludisme humain est causé par quatre espèces différentes d’un protozoaire parasite du genre Plasmodium : Plasmodium falciparum, P. vivax, P. ovale et P. malariae.

Transmission

Le parasite du paludisme est transmis par diverses espèces de moustiques Anopheles, qui piquent surtout entre le coucher et le lever du soleil.

 Nature de la maladie

Le paludisme est une maladie fébrile aiguë dont la période d’incubation est de sept jours au moins. Par conséquent, une maladie fébrile se manifestant moins d’une semaine après la première exposition possible n’est pas le paludisme.

La forme la plus grave est causée par P. falciparum et présente des caractéristiques cliniques variables telles qu’une fièvre, des frissons, des céphalées, des douleurs et faiblesses musculaires, des vomissements, de la toux, de la diarrhée et des douleurs abdominales ; d’autres symptômes liés à une insuffisance organique peuvent survenir (p. ex. une insuffisance rénale aiguë, des convulsions généralisées, un collapsus circulatoire) et conduire au coma et à la mort. On estime qu’environ 1% des sujets infectés par P. falciparum meurent de la maladie. Les premiers symptômes, parfois bénins, ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Il est important de songer au paludisme à falciparum dans tous les cas de fièvre inexpliquée commençant à un moment quelconque entre le septième jour après la première exposition possible à l’infection et trois mois (ou davantage dans de rares cas) après la dernière exposition possible ; toute personne présentant un épisode fébrile pendant cette période doit immédiatement solliciter un diagnostic et un traitement efficace.

Un diagnostic précoce et un traitement approprié peuvent sauver des vies. Le paludisme à falciparum peut être mortel si le traitement est différé de plus de 24 heures. Il faut prélever un échantillon de sang et rechercher les parasites du paludisme. Si le premier frottis ne révèle aucun parasite et si les symptômes subsistent, il faut prélever une série d’échantillons sanguins et les examiner à des intervalles de 6 à 12 heures.

Les femmes enceintes, les jeunes enfants et les voyageurs âgés sont particulièrement exposés. Le paludisme chez une femme enceinte accroît le risque de décès maternel, de fausse couche, de mortinaissance et de décès néonatal.

Les formes de paludisme causées par d’autres espèces de Plasmodium sont moins graves et rarement mortelles.

La prévention et le traitement du paludisme à falciparum deviennent plus difficiles à mesure que s’accroît la résistance de P. falciparum à divers médicaments. Parmi les autres formes de paludisme, une pharmacorésistance a jusqu’ici été signalée pour P. vivax, principalement en Indonésie (Irian Jaya) et en Papouasie-Nouvelle- Guinée, un plus grand nombre de cas sporadiques étant déclarés au Guyana. On a constaté une sensibilité décroissante de P. vivax en Inde, au Myanmar, en République de Corée et en Thaïlande ainsi qu’au Brésil, en Colombie et au Guatemala. Une résistance de P. malariae à la chloroquine a été signalée en Indonésie.
 

 Répartition géographique

La carte montre la répartition actuelle du paludisme dans le monde (liste des pays et territoires touchés. Le risque pour un voyageur de contracter le paludisme est extrêmement variable d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre dans un même pays.
Dans de nombreux pays d’endémie d’Amérique latine et des Caraïbes, d’Asie et de la région méditerranéenne, le paludisme ne se transmet pas dans les grandes agglomérations, mais ce n’est pas nécessairement le cas dans leurs banlieues ni dans les principales zones urbaines d’Afrique et d’Inde. Le risque de paludisme est habituellement moindre aux altitudes supérieures à 1500 mètres, mais, dans des conditions climatiques favorables, la maladie peut se déclarer jusqu’à près de 3000 mètres. Le risque d’infection peut également varier en fonction de la saison ; il est maximal à la fin de la saison des pluies. Il n’y a aucun risque dans de nombreux endroits touristiques en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et aux Caraïbes.
 

Risque pour les voyageurs

Pendant la saison de transmission dans les zones d’endémie palustre, tous les voyageurs non immuns exposés aux piqûres de moustiques, notamment entre le crépuscule et l’aube, courent le risque de contracter le paludisme. Les voyageurs antérieurement partiellement immunisés, qui ont perdu leur immunité parce qu’ils sont restés au moins deux ans dans des zones indemnes d’endémie, sont également vulnérables. La plupart des cas de paludisme chez les voyageurs surviennent à cause d’une mauvaise observance des schémas chimioprophylactiques ou de l’utilisation d’une prophylaxie inappropriée.
Les voyageurs se rendant dans des pays où le degré de transmission du paludisme varie selon les régions doivent se renseigner sur le risque de paludisme dans les zones qu’ils vont visiter. S’ils ne peuvent obtenir des informations précises avant de partir, il leur est recommandé de considérer que le risque est uniformément élevé dans tout le pays. Cela vaut en particulier pour les personnes qui font de la randonnée dans des lieux écartés et qui visitent des zones où des moyens de diagnostic et des soins médicaux ne sont pas facilement accessibles. Les voyageurs qui passent la nuit dans des zones rurales sont sans doute les plus exposés au risque.
 

Protection contre les piqûres de moustiques

 

On devrait dire à tous les voyageurs que leur première ligne de défense contre le paludisme est la protection individuelle contre les piqûres de moustiques entre le crépuscule et l’aube. Des mesures de protection concrètes sont décrites dans la section intitulée «Lutte contre les insectes».
 

Chimioprophylaxie

 

Elle doit être prescrite par un médecin.
Il convient de prescrire la posologie correcte des antipaludiques les plus appropriés (s’il en existe) pour la destination choisie. Les voyageurs et leurs médecins doivent être conscients qu’AUCUNE PROPHYLAXIE ANTIPALUDIQUE N’ASSURE UNE PROTECTION COMPLÈTE. Il faut également tenir compte des points suivants :
  • La posologie pour les enfants doit être adaptée à leur poids.
  • L’administration des antipaludiques qui doivent être pris quotidiennement doit commencer la veille de l’arrivée dans la zone à risque.
  • La prise hebdomadaire de chloroquine doit commencer une semaine avant l’arrivée.
  • La prise hebdomadaire de méfloquine doit commencer au moins une semaine, mais de préférence deux à trois semaines, avant le départ pour obtenir une concentration sanguine assurant une protection optimale et pour savoir avant le voyage si le médicament a des effets secondaires, de façon à envisager une autre prophylaxie, le cas échéant.
  • Les antipaludiques doivent être pris avec des aliments et avalés avec beaucoup d’eau.
  • Toute prophylaxie doit être suivie avec une régularité absolue pendant tout le séjour dans la zone présentant un risque de paludisme, et continuée pendant quatre semaines après la dernière exposition possible à l’infection, car de nouveaux parasites peuvent encore se former pendant cette période à partir des stades hépatiques. La seule exception est l’atovaquone-proguanil, dont la prise peut être arrêtée une semaine après le retour.
  • Compte tenu de la forme de paludisme qui prédomine dans la zone de destination, les voyageurs doivent être informés de la survenue éventuelle d’une infection tardive à P. vivax.
Selon la zone visitée, la prophylaxie recommandée peut être la chloroquine, la chloroquine associée au proguanil, la méfloquine ou la doxycycline. Dans les zones où la méfloquine est le médicament prophylactique de choix, la doxycycline ou l’association atovaquone/proguanil peut être utilisée en remplacement et ce, la veille du départ ; la chloroquine associée au proguanil offrira une moindre protection. La chloroquine utilisée seule ne peut être recommandée que pour les zones où le paludisme est dû exclusivement à P. vivax ou à P. falciparum sensible à la chloroquine. L’association atovaquone-proguanil offre une prophylaxie de remplacement aux voyageurs qui font de brefs séjours dans des zones où il y a une résistance à la chloroquine, et qui ne peuvent prendre ni la méfloquine ni la doxycycline.

Tous les antipaludiques ont des contre-indications spécifiques et des effets secondaires possibles. Les réactions indésirables attribuées à la chimioprophylaxie sont courantes, mais la plupart d’entre elles sont bénignes et n’entravent pas les activités du voyageur. Les réactions indésirables graves – définies comme constituant une menace apparente pour la vie, nécessitant ou prolongeant une hospitalisation, ou entraînant une incapacité sévère – sont rares. Pour la méfloquine, l’incidence des réactions indésirables graves a été estimée de 1 pour 6000 à 1 pour 10 600 voyageurs, contre 1 pour 13 600 pour la chloroquine. Le risque d’effets secondaires associés au médicament doit être comparé au risque de paludisme, notamment le paludisme à falciparum, et aux schémas locaux de pharmacorésistance.

Chacun des antipaludiques est contre-indiqué chez certains groupes et individus, et les contre-indications doivent être soigneusement prises en compte afin de réduire le risque de réactions indésirables graves. Les personnes souffrant d’une maladie chronique doivent demander un avis médical personnalisé. Tout voyageur présentant sous médication antipaludique des effets secondaires graves doit interrompre la prise du médicament et consulter immédiatement un médecin. Cela s’applique en particulier aux troubles neurologiques ou psychologiques suivant la prise de méfloquine. De légères nausées, des vomissements occasionnels ou des selles molles ne doivent pas entraîner l’interruption de la prophylaxie, mais il convient de demander l’avis d’un médecin si les symptômes persistent.
En raison du risque de réactions indésirables, la chimioprophylaxie ne doit pas être prescrite en l’absence de risque de paludisme. Il est important de relever que le paludisme ne sévit pas dans tous les pays tropicaux (voir la carte et la liste par pays).
 

Chimioprophylaxie de longue durée

 

Le risque d’effets secondaires graves liés à la prise prolongée de chloroquine et de proguanil à titre prophylactique est faible. Cependant, toute personne ayant pris 300 mg de chloroquine par semaine pendant plus de cinq ans et qui doit poursuivre la prophylaxie devrait se soumettre, deux fois par an, à un examen pour le dépistage de modifications précoces de la rétine (cet examen se fera au bout de trois ans si la posologie suivie est de 100 mg par jour). Si de telles modifications sont observées, un autre médicament doit être prescrit. Les données n’indiquent pas de risque accru d’effets secondaires graves en cas de prise prolongée de méfloquine lorsque ce médicament a été bien toléré pendant une courte période. L’expérience avec la doxycycline pour la chimioprophylaxie de longue durée (c’est-à-dire pendant plus de quatre à six mois) est limitée, mais les données disponibles sont rassurantes. La méfloquine et la doxycycline devraient être réservées à ceux qui sont le plus exposés aux infections chloroquinorésistantes. L’association atovaquone-proguanil ne peut pas encore être recommandée pour la chimioprophylaxie de longue durée à cause du manque de données.
 

Traitement de réserve d’urgence

 

Toute personne qui contracte une fièvre une semaine ou plus après l’entrée dans une zone présentant un risque de paludisme doit consulter immédiatement un médecin ou un laboratoire spécialisé pour solliciter un diagnostic et un traitement. La plupart des voyageurs pourront obtenir une assistance médicale dans les 24 heures qui suivent l’apparition de la fièvre. Toutefois, une minorité de personnes n’auront peut-être pas accès à des soins, en particulier si elles séjournent (une semaine ou plus après l’entrée dans une zone d’endémie) dans un endroit éloigné. C’est pourquoi il est conseillé aux voyageurs d’emporter avec eux des antipaludiques qu’ils pourront s’autoadministrer en cas de besoin (traitement de réserve d’urgence).

Il faut distinguer le traitement de réserve d’urgence du traitement administré par un personnel médical compétent. Le premier est suivi par un voyageur 1) qui est malade dans un endroit éloigné et qui ne peut facilement atteindre un hôpital ou consulter un professionnel de santé qualifié, 2) qui prend peut-être déjà des antipaludiques à titre prophylactique, et 3) qui peut être amené à diagnostiquer lui-même le paludisme sur la base de symptômes cliniques non spécifiques comme la fièvre. Dans ces conditions, l’innocuité et l’efficacité des médicaments donnés revêtent une importance cruciale et les antipaludiques normalement utilisés pour le traitement ne peuvent pas tous être prescrits en toute confiance.

Le traitement de réserve d’urgence peut aussi être indiqué pour les voyageurs appartenant à certains groupes professionnels, comme les équipages d’avions, qui font fréquemment de brèves escales dans des zones d’endémie pendant de nombreuses années. Ces voyageurs peuvent choisir de réserver la chimioprophylaxie pour les zones à haut risque seulement. Cependant, ils doivent continuer à prendre des mesures rigoureuses de protection contre les piqûres de moustiques et être prêts à faire face à une atteinte de paludisme : ils doivent toujours emporter avec eux des antipaludiques pour un traitement de réserve d’urgence, consulter immédiatement un médecin en cas de fièvre et, faute d’aide médicale rapide, recourir au traitement de réserve d’urgence.
Le traitement de réserve d’urgence – associé à une protection rigoureuse contre les piqûres de moustiques – peut parfois être indiqué pour les personnes qui séjournent pendant une semaine ou plus dans des zones rurales éloignées, où le paludisme polypharmacorésistant est rare et où le risque des effets secondaires de la prophylaxie l’emporte sur le risque de contracter le paludisme. Cela peut être le cas dans certaines zones frontières de pays d’Asie du Sud-Est. Toutefois, la plupart des voyageurs qui se rendent dans ces zones pourront avoir accès à des services médicaux compétents dans les 24 heures qui suivent l’apparition d’une fièvre.
Des études sur l’utilisation des tests de diagnostic rapide (bandelettes réactives) ont montré que les voyageurs n’ayant pas reçu de formation éprouvent de grandes difficultés à exécuter et à interpréter ces tests, ce qui entraîne un nombre anormalement élevé de résultats faux négatifs. En outre, les bandelettes réactives peuvent se dégrader sous l’effet d’une chaleur et d’une humidité extrêmes et devenir moins sensibles. Il faudra procéder à d’importantes modifications techniques avant que l’utilisation de ces bandelettes réactives puisse être recommandée aux voyageurs.

Les voyageurs à qui on a prescrit un traitement de réserve d’urgence doivent avoir des instructions écrites, claires et précises, concernant l’identification des symptômes, les conditions dans lesquelles il faut appliquer le traitement, le schéma thérapeutique à suivre, les effets secondaires éventuels des médicaments et les mesures à prendre au cas où ceux-ci n’agiraient pas. Ils doivent savoir que l’autotraitement entre dans le cadre des premiers secours et qu’ils doivent consulter un médecin dès que possible.
En général, les voyageurs qui emportent des médicaments de réserve pour les situations d’urgence doivent observer les principes suivants :
  • Consulter immédiatement un médecin si une fièvre survient une semaine ou plus après l’entrée dans une zone présentant un risque de paludisme.
· S’il est impossible de consulter un médecin et/ou de poser un diagnostic dans les 24 heures qui suivent l’apparition de la fièvre, commencer le traitement de réserve d’urgence et solliciter des soins médicaux dès que possible pour un contrôle complet et pour exclure d’autres causes sérieuses de fièvre.
  • Achever le traitement de réserve d’urgence et reprendre la prophylaxie antipaludique une semaine après la première dose. Cependant, on ne reprend la prophylaxie à la méfloquine qu’une semaine après la dernière dose de quinine.
  • Le vomissement d’antipaludiques risque moins de se produire si la fièvre est d’abord abaissée au moyen d’antipyrétiques. Une deuxième dose complète doit être prise si les malades vomissent moins de 30 minutes après avoir pris le médicament. S’ils vomissent entre 30 et 60 minutes après avoir pris une dose, une demi-dose supplémentaire doit être prise. Des vomissements accompagnés de diarrhée peuvent conduire à un échec du traitement dû à une mauvaise absorption du médicament.
  • Ne pas traiter le paludisme suspecté avec les médicaments utilisés pour la prophylaxie, à cause du risque accru de toxicité et de résistance.

Selon la zone visitée et le schéma chimioprophylactique suivi, on peut recommander l’un des traitements de réserve d’urgence suivants : chloroquine (seulement dans les zones où l’on trouve P. vivax), méfloquine, quinine ou quinine plus doxycycline.
L’association artéméther-luméfantrine a été homologuée en Suisse pour le traitement de réserve d’urgence chez les voyageurs qui se rendent dans des zones où le parasite résiste à d’autres médicaments. En outre, certaines autorités sanitaires nationales recommandent l’association atovaquone-proguanil pour ce traitement dans les zones où l’on constate une polypharmacorésistance.
L’halofantrine est contre-indiquée pour le traitement de réserve depuis qu’on sait qu’elle peut entraîner une dysrythmie ventriculaire, un allongement de l’intervalle Q-T ou une mort subite chez les sujets sensibles. Ces risques peuvent être accentués si l’halofantrine est prise en association avec d’autres antipaludiques qui peuvent diminuer la conduction myocardique.

Femmes enceintes

Le paludisme chez une femme enceinte accroît le risque de décès maternel, de fausse couche, de mortinaissance et d’insuffisance pondérale à la naissance pouvant entraîner le décès néonatal.
Il est conseillé aux femmes enceintes d’éviter de se rendre dans les zones où P. falciparum est chloroquinorésistant. Si le voyage ne peut être évité, il est très important de prendre des mesures préventives efficaces contre le paludisme, même lorsqu’on se rend dans des zones où seul le paludisme à vivax se transmet. Les femmes enceintes doivent appliquer scrupuleusement les mesures de protection contre les piqûres de moustiques, mais elles doivent veiller à ne pas dépasser la dose de répulsif recommandée.

Dans les rares zones où il y a transmission exclusive de P. vivax ou dans lesquelles P. falciparum pourrait être à 100% sensible à la chloroquine, ce médicament seul peut être utilisé à titre prophylactique. Dans les zones où P. falciparum est chloroquinorésistant, la prophylaxie par la chloroquine associée au proguanil peut être prescrite sans danger pendant les trois premiers mois de la grossesse. Son efficacité peut toutefois être considérablement limitée. La méfloquine peut être administrée à titre prophylactique pendant le deuxième et le troisième trimestre, mais doit être utilisée avec prudence au cours du premier trimestre. Les autres médicaments sont soit dangereux pour le fœtus, soit insuffisamment connus pour être prescrits à titre prophylactique pendant la grossesse.

Si l’on suspecte le paludisme, les femmes enceintes devraient consulter immédiatement un médecin ; si cela n’est pas possible, elles devraient suivre un traitement de réserve d’urgence à la quinine. Un médecin doit être consulté dès la fin du traitement de réserve.

Les femmes enceintes atteintes de paludisme à falciparum peuvent présenter rapidement tous les symptômes cliniques du paludisme grave. Elles sont particulièrement prédisposées à l’hypoglycémie et à l’œdème pulmonaire. Elles peuvent présenter l’hémorragie du post-partum et une hyperpyrexie conduisant à la détresse fœtale. La femme enceinte atteinte de paludisme grave à falciparum sera transférée en soins intensifs. A cause du risque d’hyperinsulinémie et d’hypoglycémie induites par la quinine, l’artésunate et l’artéméther sont les médicaments de choix pour le traitement du paludisme grave pendant le deuxième et le troisième trimestre. Les données sur l’utilisation des dérivés de l’artémisinine durant le premier trimestre sont encore limitées.

 Femmes pouvant tomber enceintes pendant ou après le voyage

Elles peuvent prendre de la méfloquine ou de la doxycycline à titre prophylactique, mais feraient mieux d’éviter une grossesse durant la période où elles prennent le médicament ainsi que pendant les trois mois qui suivent l’arrêt de la prophylaxie à la méfloquine et pendant une semaine après l’arrêt de la prophylaxie à la doxycycline.
Si une femme tombe enceinte pendant la prophylaxie antipaludique à la méfloquine ou à la doxycycline, on ne doit pas considérer que cette prophylaxie justifie l’interruption de la grossesse.
 

Jeunes enfants

Le paludisme à falciparum chez un jeune enfant constitue une urgence médicale : il peut entraîner rapidement la mort. Les premiers symptômes sont atypiques et difficiles à reconnaître, et des complications potentiellement mortelles peuvent survenir dans les heures qui suivent les symptômes initiaux.

Il est conseillé aux parents de ne pas emmener des nourrissons ou de jeunes enfants dans des zones où il y a transmission de P. falciparum chloroquinorésistant. Si le voyage ne peut être évité, les enfants doivent être soigneusement protégés contre les piqûres de moustiques et recevoir une chimioprophylaxie appropriée. Entre le crépuscule et l’aube, les nourrissons resteront, dans la mesure du possible, sous une moustiquaire traitée aux insecticides. Les instructions des fabricants de répulsifs doivent être scrupuleusement respectées et la dose recommandée ne doit pas être dépassée.

Les nourrissons allaités au sein ou au biberon doivent recevoir une chimioprophylaxie, car ils ne sont pas protégés par la prophylaxie suivie par la mère. Les doses pour les enfants seront adaptées à leur poids. La chloroquine et le proguanil sont sans danger pour les nourrissons et les jeunes enfants, et la méfloquine peut être donnée aux nourrissons pesant plus de 5 kg. A cause du manque de données, l’association atovaquone-proguanil ne peut être recommandée pour la prophylaxie chez les enfants pesant moins de 11 kg. La doxycycline est contre-indiquée chez les enfants de moins de 8 ans.

Les antipaludiques doivent être conservés dans des récipients que les enfants ne peuvent ni atteindre, ni ouvrir. La chloroquine est particulièrement toxique pour les enfants en cas de surdose.
Il faut immédiatement consulter un médecin si un enfant fait une maladie fébrile : le paludisme doit toujours être suspecté et le diagnostic en laboratoire est essentiel. Chez les nourrissons, on devrait suspecter le paludisme même en cas de maladie non fébrile.

Il faut songer au paludisme dès qu’un enfant présente un épisode fébrile dans l’année qui suit un séjour dans une zone d’endémie ou l’immigration en provenance d’une telle zone. Un diagnostic en laboratoire doit être demandé immédiatement si l’on suspecte le paludisme, et le traitement par un antipaludique efficace doit être entrepris aussitôt que possible.

Situations particulières – Paludisme polypharmacorésistant

Dans les zones frontières entre le Cambodge, le Myanmar et la Thaïlande, les infections à P. falciparum ne répondent pas au traitement à la chloroquine ou à la sulfadoxine-pyriméthamine, et la sensibilité à la quinine est réduite. On signale aussi plus de 50% d’échecs avec la méfloquine. Dans de telles situations, on peut utiliser la doxycycline ou l’association atovaquone-proguanil pour la chimioprophylaxie et appliquer en même temps des mesures rigoureuses de protection individuelle. Toutefois, ces médicaments ne peuvent être administrés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. Comme il n’y a pas de schéma prophylactique qui soit à la fois efficace et sans danger pour ces groupes dans les zones où le paludisme est polypharmacorésistant, les femmes enceintes et les jeunes enfants devraient éviter de se rendre dans ces zones impaludées.

Dans le bassin amazonien d’Amérique du Sud, une résistance à la méfloquine a été signalée au Brésil seulement, où les taux d’échec clinique restent inférieurs à 5%.

Protection contre les vecteurs

Les voyageurs peuvent se protéger contre les moustiques et d’autres vecteurs en recourant aux moyens décrits dans les paragraphes qui suivent.

Les répulsifs anti-insectes sont des substances que l’on applique sur la peau exposée ou sur les vêtements pour éviter un contact avec les vecteurs. Ils contiennent un principe actif qui éloigne les insectes sans toutefois les tuer. On choisira un répulsif contenant soit du DEET (N, N-diéthyl-m-toluamide), soit du IR3535® (ester éthylique de l’acide 3-[N-acétyl-N-butyl]-aminopropionique), soit du Bayrepel® (ester 2-(2-hydroxyéthyl)-1-méthylpropylique de l’acide 1-pipéridinecarboxylique). On appliquera le répulsif pour assurer une protection pendant les périodes où les insectes piquent. On évitera de toucher les muqueuses et on se lavera toujours les mains après application. Le répulsif ne doit pas être pulvérisé sur le visage ni appliqué sur les paupières ou les lèvres, les zones sensibles, les coups de soleil, les lésions ni dans les plis profonds de la peau. Il peut être nécessaire de renouveler l’application du produit toutes les trois à quatre heures, surtout dans les climats chauds et humides. Appliqué sur les vêtements, le répulsif reste efficace plus longtemps. Il convient de se conformer strictement aux instructions du fabricant et de ne pas dépasser la dose, surtout pour les jeunes enfants.

Les serpentins antimoustiques constituent l’exemple le mieux connu de vaporisateurs d’insecticides, dont le principe actif est généralement un pyréthrinoïde de synthèse. En principe, un serpentin suffit pour une chambre normale pendant toute une nuit, à moins que la pièce ne soit particulièrement exposée aux courants d’air. Il existe un dispositif plus élaboré, pour lequel il faut avoir l’électricité, la plaquette insecticide diffusante, qui libère l’insecticide par vaporisation lorsqu’elle est posée sur une grille chauffée électriquement. De tels dispositifs peuvent également être utilisés pendant le jour si nécessaire.

Les bombes aérosols, destinées à abattre les insectes volants, agissent par effet de choc et tuent rapidement. Les chambres doivent être traitées avant de se coucher. Si l’on débarrasse une pièce de ses insectes en la traitant avec une bombe aérosol, l’effet peut être de courte durée. Il est donc recommandé d’utiliser en plus de la bombe insecticide un serpentin antimoustiques, un vaporisateur ou une moustiquaire. Les aérosols dirigés contre les insectes rampants (p. ex. cafards et fourmis) servent à traiter les endroits où ces insectes se déplacent.

Des vêtements protecteurs peuvent être utiles aux heures de la journée où les vecteurs sont agressifs. L’épaisseur du tissu est d’une importance capitale et aucune surface de peau ne doit rester découverte à moins d’avoir été traitée par un répulsif. Appliqué sur les vêtements, le répulsif est efficace plus longtemps que sur la peau. Le fait de traiter les vêtements à la perméthrine ou à l’étofenprox pour empêcher les moustiques de piquer au travers offre une protection supplémentaire. Il convient de suivre les indications qui figurent sur l’étiquette pour ne pas endommager certains tissus. Dans les zones infestées de tiques et de puces, on se protégera les pieds en portant des chaussures appropriées et des pantalons longs et en veillant à bien engager le bas du pantalon dans la chaussette. On obtiendra une meilleure protection en traitant les vêtements avec un répulsif.
Les moustiquaires sont un excellent moyen de protection individuelle pendant le sommeil. Elles sont bien plus efficaces si elles sont traitées par un insecticide. On peut trouver dans le commerce des moustiquaires prétraitées. Elles doivent être résistantes et la dimension des mailles doit être inférieure à 1,5 mm. Après avoir vérifié que la moustiquaire n’est pas déchirée et qu’aucun moustique n’est retenu à l’intérieur, il faut la rentrer sous le matelas. Il existe des moustiquaires spécialement conçues pour les lits d’enfants et les petits lits ; elles offrent une protection aux bébés chaque fois qu’ils dorment.
Les voyageurs qui campent sous la tente doivent associer serpentins anti- moustiques, répulsifs et moustiquaires. Les mailles des moustiquaires de tente étant souvent de taille supérieure à 1,5 mm, il faut installer des moustiquaires spéciales.
La pose d’un treillis moustiquaire au niveau des fenêtres, des portes et des avant- toits limite l’exposition aux insectes volants. Dans la mesure du possible, on cherchera un logement pourvu de tels treillis.
La climatisation est un moyen très efficace d’empêcher les moustiques et autres insectes de pénétrer dans une pièce. Dans les hôtels climatisés, il n’est pas nécessaire de prendre d’autres précautions à l’intérieur.
Les contacts avec les collections d’eau douce, telles que lacs, canaux d’irrigation et rivières aux cours lents, sont à éviter dans les zones où sévit la schistosomiase.
 

Les principaux vecteurs et les maladies qu’ils transmettent*

 
Vecteurs
Principales maladies transmises
Mollusques aquatiques
Schistosomiase (bilharziose)
Simulies
Cécité des rivières (onchocercose)
Puces
Peste (transmise du rat à l’homme par la puce)
Moustiques
 

  • Aedes
Dengue,
Fièvre de la vallée du Rift,
Fièvre jaune.
  • Anopheles
Anopheles Filariose lymphatique,
Paludisme
  • Culex
Encéphalite japonaise,
Filariose lymphatique
Fièvre à virus du Nil
Phlébotomes
Leishmaniose - Fièvre à pappataci
Tiques
Fièvre hémorragique de Crimée-Congo - Maladie de Lyme - Fièvre récurrente (borréliose) - Fièvres à rickettsies, dont la fièvre pourprée et la fièvre Q Encéphalite à tiques - Tularémie
Réduves
Maladie de Chagas (trypanosomiase américaine)
Mouches tsé-tsé
Maladie du sommeil (trypanosomiase africaine)
 
* D’après les nombreux travaux de recherche effectués, rien ne prouve que les insectes transmettent l’infection à VIH.
La climatisation est un moyen très efficace d’empêcher les moustiques et autres insectes de pénétrer dans une pièce. Dans les hôtels climatisés, il n’est pas nécessaire de prendre d’autres précautions à l’intérieur.
Les contacts avec les collections d’eau douce, telles que lacs, canaux d’irrigation et rivières aux cours lents, sont à éviter dans les zones où sévit la schistosomiase.

 
Pays et territoires comprenant des zones impaludées
On trouvera dans la liste qui suit tous les pays où sévit le paludisme. Dans certains d’entre eux, on ne rencontre la maladie que dans certaines zones ou jusqu’à une altitude déterminée. Dans de nombreux pays, le paludisme a un caractère saisonnier.
(* risque de P. vivax seulement)
Afghanistan
Afrique du Sud
Algérie*
Angola
Arabie saoudite
Argentine*
Arménie*
Azerbaïdjan*
Bangladesh
Belize
Bénin
Bhoutan
Bolivie
Botswana
Brésil
Burkina Faso
Burundi
Cambodge
Cameroun
Cap-Vert
Chine
Colombie
Comores
Congo
Congo, République
démocratique du
(précédemment Zaïre)
Corée, République de* Corée, République populaire démocratique de*
Costa Rica
Côte d’Ivoire
Djibouti
Egypte
El Salvador
Equateur
Erythrée
Ethiopie
Gabon
Gambie
Géorgie*
Ghana
Guatemala
Guinée
Guinée-Bissau
Guinée équatoriale
Guyana
Guyane française
Haïti
Honduras
Iles Salomon
Inde
Indonésie
Iran, République islamique d’
Iraq*
Kenya
Kirghizistan*
Libéria
Madagascar
Malaisie
Malawi
Mali
Maroc*
Maurice*
Mauritanie
Mayotte
Mexique
Mozambique
Myanmar
Namibie
Népal
Nicaragua
Niger
Nigéria
Oman
Ouganda
Pakistan
Panama
Papouasie-Nouvelle-
Guinée
Paraguay
Pérou
Philippines
République arabe syrienne*
République centrafricaine
République démocratique populaire lao
République dominicaine
Rwanda
Sao Tomé-et-Principe
Sénégal
Sierra Leone
Somalie
Soudan
Sri Lanka
Suriname
Swaziland
Tadjikistan
Tanzanie, République-
Unie de
Tchad
Thaïlande
Timor-Leste
Togo
Turkménistan*
Turquie*
Vanuatu
Venezuela
Viet Nam
Yémen
Zambie
Zimbabwe
 

Carte du paludisme dans le monde

 
 
 




Conseils aux voyageurs

Actualité épidémiologique