Par le Professeur Olivier Bouchaud, consultation de médecine tropicale et des voyages, hôpital Avicenne de Bobigny et Institut de médecine et d'épidémiologie africaine, hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris. Extraits d'un article du Moniteur des pharmacies, Cahier II
La
diarrhée du voyageur ou turista est volontiers abordée avec une
certaine désinvolture compte tenu de sa grande fréquence et de son
habituelle bénignité. Il ne faut néanmoins pas perdre de vue que, du
fait notamment de l’évolution du profil des voyageurs, cet incident
dans le ciel bleu d’un séjour tropical peut parfois tourner au
cauchemar, particulièrement chez les personnes âgées ou fragilisées.
Par ailleurs, son coût pour la collectivité est loin d’être négligeable
du fait du nombre de personnes concernées.
Lorsqu’elle survient, la
réhydratation en est le traitement principal. Dans 2 % des cas elle
peut passer à la chronicité, ce qui doit conduire le patient à
consulter pour rechercher prioritairement un parasite voire une cause
organique sous-jacente révélée à cette occasion.
Données épidémiologiques
La
diarrhée est le problème de santé le plus fréquent pour les voyageurs
se rendant d’une zone à niveau d’hygiène élevé vers un pays à niveau
d’hygiène inférieur (environ 40% des voyageurs présentent alors un
épisode de diarrhée). Ainsi, 4 millions de Français sont exposés
annuellement au risque. La diarrhée apparaît en général au début du
séjour : 90% d’entre elles surviennent dans les 14 premiers jours.
Dans
l’immense majorité des cas, il s’agit d’un événement bénin et de courte
durée (1 à 5 jours). Cependant, dans quatre cas sur dix, ces troubles
digestifs amènent le voyageur à modifier son emploi du temps et dans 20
à 30 % des cas ils le conduisent à un alitement de quelques jours.
Etiologies
Les
étiologies sont essentiellement microbiennes bien que des causes non
infectieuses (stress, décalage horaire, changement d’alimentation...)
soient possibles. L’infection digestive provient de l’absorption
d’aliments contaminés (plus que de l’eau de boisson). Parmi les agents
infectieux en cause, les bactéries sont à l’origine de près de 80% des
diarrhées du voyageur. Les 20 % restant se partagent entre les
étiologies virales et, à un moindre degré, parasitaires.
Prévention
Le
lavage des mains reste le premier geste d’hygiène et le seul dont
l’efficacité a été prouvée. En l’absence d’eau il est possible
d’utiliser des gels bactéricides sans eau (Bacti Control, Assanis...).
Les recommandations habituelles faites aux voyageurs (éviter les
crudités, les restaurants locaux, les boissons non encapsulées, etc.)
n’ont jamais prouvé leur efficacité et celle-ci est certainement
limitée. L’important est de retenir que seuls les aliments servis
brûlants sont sans risque... ce qui relativise la sécurité des buffets
des grands hôtels.
La prophylaxie médicamenteuse se fait
essentiellement par les quinolones (1 comprimé par jour pendant toute
la durée du séjour), avec des utilisations très limitées (situations où
une «indisposition » serait mal venue, déficits immunitaires, risque de
décompensation d’une maladie sous-jacente...) et pour une durée de
séjour de 2 à 3 semaines au maximum.
Conduite face à une diarrhée aiguë
Dans
la grande majorité des cas, le voyageur se traite lui-même pendant le
séjour. La première règle à recommander dans tous les cas est la
compensation hydroélectrolytique (thé, jus de fruits et gâteaux salés
par exemple), traitement de base nécessaire, très souvent suffisant et
pourtant paradoxalement très méconnu. La guérison survient en 24 à 72 h.
Les extraits de cet article proviennent du Moniteur des pharmacies, Cahier II du N°2422, décembre 2001.