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Produits de protection contre les piqûres d’arthropodes


P. Carnevale (1), M. Traoré-Lamizana (2) et J.-M. Hougard (1).
(1)   : Laboratoire de Lutte contre les Insectes Nuisibles, Centre IRD, Montpellier ;
(2)   : Centre IRD Bouaké, Côte d’Ivoire
 
De nombreuses maladies sont transmises par piqûres d’arthropodes, en zones tropicales (paludisme, fièvre jaune, trypanosomiase, maladie de Chagas etc.) mais aussi en zones tempérées (leishmanioses, arboviroses, rickettsioses etc.) comme la maladie de Lyme, le West Nile Virus etc. Or jusqu’à présent, à part la fièvre jaune et l’encéphalite japonaise B il n’existe pas de vaccin et, souvent, pas de chimioprophylaxie non plus (arboviroses !). La meilleure méthode de prévention est alors la protection contre les piqûres des vecteurs. Elle doit s’accompagner, lorsque c’est possible (paludisme) par une chimioprophylaxie adaptée et bien respectée.
 La protection relève de trois méthodes simples :
            - connaître et éviter les zones (ou périodes) à risques (donc bien se renseigner avant de faire le voyage),
- employer des répulsifs sur la peau et/ou sur les vêtements lors de séjours dans les zones ou moments à risque,
employer des insecticides pyréthrinoïdes sur les vêtements (uniquement perméthrine ou étofenprox qui a une très faible toxicité), sur les moustiquaires (OMS,1997) et tous les autres matériaux des maisons notamment les rideaux, les grillages moustiquaires, etc. A noter que les tentes peuvent aussi être imprégnées. Pour les camps : les maisons peuvent être traitées, par aspersions pariétales d’insecticides pyréthrinoïdes, mais les formulations des produits à mettre sur les murs et sur les moustiquaires sont, et doivent être, différentes. Pour les moustiquaires il faut ,de préférence utiliser un produit formulé en «flow » ou « suspension capsulaire » ou « émulsion huile dans eau » et ne pas utiliser les formulations concentrés émulsionnables (sauf la perméthrine et l’étofenprox).
Le choix des méthodes dépend des circonstances. Il est important de prendre des précautions et de respecter scrupuleusement les modes d’emploi des produits surtout lorsqu’on utilise des produits pouvant avoir des effets toxiques comme le DEET ou «irritant » comme les pyréthrinoïdes.
En moyenne, 16% des voyageurs utilisent régulièrement des mesures de protection contre les moustiques. Connaissance et observance doivent être considérées comme deux attitudes raisonnables à avoir avant, et pendant le voyage mais aussi après en consultant dès que possible son médecin devant tout signes ou symptômes et en précisant le lieu et les conditions du voyage.
 

1. Protection contre les insectes et autres arthropodes diurnes et/ou éocrépusculaires

Les deux méthodes de base de protection personnelle seront :
1.      l’emploi de répulsifs sur la peau
2.      l’emploi de répulsifs ou insectifuge / insecticide sur les vêtements et autres matériaux.
 
1.1. Répulsifs sur la peau
Les répulsifs peau actuellement disponibles sont d’origine naturelle ou synthétique :
 
Répulsifs d’origine naturelle :
Les huiles essentielles de citronelle ont une durée de protection faible (1/4 d’heure à 1 heure). Il a été noté des réactions cutanées, allergiques et photoallergiques dont il faut tenir compte.
Le citrodiol, extrait de l’eucalyptus, est de durée comparable au DEET ; C’est l’alternative « naturelle » la plus innovante et intéressante (Biovectrol ®, sur la marché français le 2 janvier 2002). De nouvelles formulations ont été récemment testées en Côte d’Ivoire et en Tanzanie procurant une protection de l’ordre de 6 à 8 heures contre les vecteurs du paludisme. Une évaluation faite en Côte d’Ivoire a montré qu’une application de 1,6 mg de Mosigard/cm2 de peau permettait une protection de l’ordre de 5 à 6 heures contre le vecteur de paludisme (An. gambiae) et le vecteur de fièvre jaune (Ae. aegypti). Mais ce délai est réduit à quelques 2-3 heures en cas de sueur. Cette étude a aussi montré qu’entre 14h et 20h un sujet non protégé pouvait recevoir quelques 400 piqûres d’Ae. aegypti, mais ce chiffre n’était plus que de 2 piqûres après traitement (à 14h) avec la dose standard (et 7 avec la moitiés de la dose), démontrant alors une efficacité de quelques 98-99% pendant 6 heures. A noter que la protection est conservée même contre les moustiques testés résistants aux insecticides. La protection est aussi excellente contre les Culex quinquefasciatus, le moustique urbain en Afrique sud saharienne particulièrement agressif en Afrique sud saharienne (et aussi vecteur de filariose de Bancroft en Asie du SE).
 
Répulsifs d’origine synthétique
Le DMP ou diméthylphtalate a une faible durée d’action (1 heure et demi). Il est surtout employé en association (Mousticrème ®).
L’éthylhexanédiol (Insect Ecran enfant®) a une efficacité variable selon l’espèce visée. On peut admettre une efficacité de l’ordre de 2 heures, altérée par les conditions tropicales. Il est surtout employé en association et est considéré comme ayant une efficacité particulière contre les anophèles.
Le 35 / 35 (Cinq sur Cinq ®, Prébutix ®, Moustifluid ®). Une dose de 3 ml par jambe permet d’obtenir une réduction de plus de 85% de piqûres avec une durée de quelque 9 heures de protection. Le produit peut donc être recommandé pour l’emploi diurne et crépusculaire. Un indice de protection de l’ordre de 80-85% pendant 2 à 3 heures contre les piqûres du vecteur majeur de paludisme (An. gambiae) a été noté en Côte d’Ivoire avec du «Pré-Butix » à la dose de 2 mg/cm2 de peau, mais cette protection est fortement réduite par la sueur.
Le DEET commercialisé depuis 1956 (aussi : Insect Ecran ®, Repel Insect®, Mousticologne Caraïbes®) est efficace, à des degrés divers, contre pratiquement tous les insectes et arthropodes hématophages. Mais il faut tenir compte d’une très grande variabilité inter et intra générique ainsi qu’inter-spécifique chez les anophèles.
On considère que le DEET répandu sur la peau confère une protection de l’ordre de 5 à 6 heures. Cette durée est réduite, comme pour les autres répulsifs, par l’abrasion, les conditions tropicales, la sudation, la pluie, le lavage, etc.
Il existe des risques de toxicité (dermato- et neuro- immuno- et systémique toxicité) et le DEET ne doit être, préférentiellement, utilisé qu’à des concentrations inférieures à 35% pour les adultes, et inférieures à 10-15% pour les enfants (2-12 ans), et encore de façon très temporaire, et il n’est pas recommandé pour les enfants < 2 ans. Le produit ne devrait pas être utilisé par les femmes enceintes. La « New York  State Department of Health’s environlmental health division » a même proposé l’interdiction de son emploi à une concentration supérieure à 30% et le dossier en est au stade juridique.
Le DEET ne doit pas être étendu sur des zones sensibles, muqueuses, yeux, bouche.
Mais quoique le DEET ait globalement une faible incidence d’effets secondaires (Brown et Hébert, 1996) vu son intense utilisation depuis 35 ans son emploi nécessite certaines précaution et il convient d’éviter de procéder à des applications répétées sur le corps d’un enfant ou sur une surface cutanée importante. Des tests ont récemment montré une absorption cutanée d’environ 10% du produit sur la peau.
Plusieurs incidents dermatologiques ont été rapportés (Von Mayenburg et Rakoski, 1983 ; Amichal et al., 1994). Des réactions bulleuses «déconcertantes » ont été observées parmi du personnel militaire américain au Vietnam avec des vésicules pendant 1-3 jours suivies d’une nécrose sévère (Lamberg et Mulrennan, 1969) ; cette réaction au DDET a été retrouvée expérimentalement, elle a été observée au niveau de la fosse antécubitale et du creux poplité. Reuveni et Yagupsky (1982) rapportent 10 cas de telles réactions d’éruptions bulleuses au niveau de la fosse antécubitale liées à l’usage du DEET avec ulcération épidermique. Un syndrome de type urticaire de contact a aussi été rapporté par Maibach et Johnson, (1975) avec une réaction de type allergique (hypersensibilité immédiate). Une réaction immunologique de type urticaire de contact est rapportée par Vozmediano et al., (2000). Wantke et al. (1996) rapportent un cas d’urticaire généralisé (non immunologique) en Autriche après usage de Deet chez un enfant dee 4 ans Ce type de réaction est aussi rapporté par Von Mayenburg et Rakoski, (1983). Des réactions dermatologiques ont aussi été notées chez des ouvriers travaillant dans une usine frabiquant du Deet (Prischepov et al., 1981). L’ingestion de Deet peut provoquer de graves désordres neurologiques (Heick et al., 1988). Deux cas d’encéphalopathie mortelle reliés à un usage intensif de Deet chez des enfants ont été rapportés (Zadicoff, 1979).
Le Deet est un excellent répulsif mais il doit être utilisé avec le plus strict respect de leur mode d’emploi (concentrations, âge du sujet etc.)
Une revue des répulsifs et guide pour leur usage a été faite récemment  (Brown et Hebert, 1996) et l’Agence pour la Protection de l’Environnement (américaine) a publié un guide pour l’emploi des répulsifs en toute sécurité.
 
1.2 Vêtements imprégnés
Les répulsifs sur la peau sont efficaces, mais leur faible durée d’action et leur élimination rapide, notamment en cas de sueur ou d’abrasion par les vêtements limite leur emploi. De plus, les piqûres peuvent survenir à travers les vêtements, un « jean » n’empêche pas un moustique de piquer
On peut considérer que l’utilisation simultanée de vêtements imprégnés de perméthrine ou d’étofenprox et d’un répulsif sur la peau (de préférence à durée prolongée) constitue une réelle avancée dans le domaine de la protection personnelle (> 95% de protection) contre les insectes piqueurs hématophages et les maladies qu’ils transmettent tout en considérant qu’il n’y a pas de risque 0 et de protection absolue, et que chez un sujet non immun une piqûre d’anophèle infecté pourrait se traduire pas un accès palustre.
L’étofenprox et la perméthrine en imprégnation de vêtements procurent une protection efficace contre les moustiques, les phlébotomes, les stomoxes et tabanides, les simulies, les tiques, les puces, les poux, etc. Il est aussi possible d’imprégner (directement par spray) les chaussettes ce qui procure une intéressante et efficace protection contre les piqûres aux chevilles fréquemment enregistrées en période vespérale
La non toxicité de ces produits en imprégnation des vêtements a été largement étudiée avec son efficacité.
Pour faciliter l’imprégnation de vêtements portés, il est possible de les traiter avec un « spray ».
Les vêtements imprégnés de perméthrine ou d’étofenprox peuvent être efficaces plus d’un mois en résistant au port, aux lavages à l’eau froide et aux conditions extérieures.
 

2. Protection contres les insectes / arthropodes nocturnes

« Lorsque le soleil se couche, l’anophèle se lève ». Se protéger contre les piqûres d’anophèles constitue la première méthode de prévention du paludisme, sans compter les arboviroses transmises également par les espèces anophéliennes. Ni le climatiseur ni le ventilateur ne vont tuer les moustiques, l’un les sidère, l’autre les repousse, mais les moustiques restent.
 
Moustiquaires imprégnées
La meilleure méthode pour dormir en paix, à l’intérieur comme à l’extérieur, est incontestablement la moustiquaires imprégnée avec un insecticide pyréthrinoïde.
L’imprégnation avec un pyréthrinoïde a plusieurs effets sur le moustique : un effet dissuassif qui limite son entrée dans la masion, un effet excito-répulsif  qui le fait fuir ; et un effet insecticide qui l’assomme (effet knock down) ou le tue rapidement. Ainsi, même si la moustiquaire est partiellement trouée et faiblement imprégnée elle confère toujours un certain degré de protection.
Les produits utilisés pour l’imprégnation des moustiquaires sont des pyréthrinoides (perméthrine, deltaméthrine, lambdacyhalothrine, cyfluthrine etc) ou un pseudo-pyréthrinoide (étofenprox).
La technique de base pour l’imprégnation d’une moustiquaire est extrêmement simple. Chaque lavage diminue de 50% la concentration du produit (Hougard).
Correctement imprégnée une moustiquaire est efficace plusieurs mois, on admet 6 à 8 mois. Il est possible également d’imprégner les rideaux et voilages, ainsi que les tentes : tous les matériaux peuvent être imprégnés avec un pyréthrinoïde.
Il existe des présentations avec spray qui permettent de traiter facilement.
Des moustiquaires préimprégnées (Pharma Voyage®, Modul Aid®, Cinq sur cinq®, Mousticologne®) sont disponibles en pharmacie.
Une importante avancée technologique vient d’être faite avec les moustiquaires industriellement imprégnées à longue durée d’action (« long lasting nets ») et résistantes à plusieurs lavages comme par exemple la Olyset Net (où la perméthrine est intégrée au polyéthylene constituant la « fibre ») ou la Permanet (où la deltaméthrine est « collée » à la fibre en polyester) etc
 

Conclusion

Les méthodes de protection relèvent de l’emploi :
* de répulsifs, directement sur la peau ou sur les vêtements
et / ou
* de l’imprégnation par pyréthrinoïde des vêtements, de la moustiquaire de lit, des grillages, des moustiquaires de fenêtres, des rideaux, de la tente, etc.
Contre les insectes piquant le jour ou le soir, l’emploi des répulsifs et des vêtements imprégnés d’étofenprox ou de perméthrine doit être recommandé. Contre les insectes piquant la nuit :
* à l’intérieur la meilleure protection est constituée par la moustiquaire de lit bien imprégnée.
* à l’extérieur il est recommandé d’utiliser l’association répulsif peau + vêtements imprégnés d’étofenprox ou de perméthrine.
De façon générale, on peut recommander les produits et concentration suivantes : citradiol à % (efficacité 4-6 heures) (biovectrol naturel) ; DMP à 40% (efficacité 1h30) (Mousticrème®); EHD à 30-50% (efficacité 2 heures) (Insect Ecran enfant®) ; 35/35 à 20-30% (efficacité 5-6 heures sur les vecteurs de paludisme) ; DEET à 35%pour les adultes et moins de 15% pour les enfants et sur de courtes périodes, déconseillé pour les femmes enceintes (efficacité 4-6 heures) (Insect Ecran adulte® ; Repel Insect® ; Mousticologne ®).
En prenant des précautions simples mais en respectant scrupuleusement les modes d’emploi des produits, il est possible de réduire au minimum les risques de maladies à transmission vectorielle.